« Gaza-strophe » dans le 20e

Plus d'une centaine de personnes se sont rendu à l'avant-première de "Gaza-strophe" dans le 20e, le 12 janvier 2010. Photo : Erwan Kalmet
France Ô diffuse ce soir à 20h35 le documentaire Gaza-strophe, le jour d’après. Un film de Samir Abdallah et Kheridine Mabrouk. La diffusion initialement prévue pour le 13 janvier 2010 avait été annulée en raison du tremblement de terre à Haïti qui avait contraint la chaine du service public dédiée à l’Outre-mer à modifier ses programmes.
En avant-première dans le 20e
Le 12 janvier, Gaza-strophe a été diffusé en avant-première dans le 20e arrondissement dans les locaux de la CNT (Confédération nationale du travail) au 33, rue des Vignoles. Après la projection, Gideon Levy, journaliste au quotidien de gauche israélien Ha’aretz est intervenu pour témoigner de la déliquescence du débat politique en Israël et du mutisme des médias israéliens sur la situation des Palestiniens.
« Plomb durci »
Gaza-strophe raconte la souffrance des civils de Gaza après la fin de l’opération « plomb durci » que l’armée israélienne a mené sur cette bande de territoire palestinien entre le 27 décembre 2008 et le 18 janvier 2009 pour faire cesser les tirs de roquettes Kassam du Hamas. Deux jours après le cessez-le-feu, les deux auteurs du documentaire entrent à Gaza en passant par l’Egypte.
Images de désolation, témoignages poignants montrant l’émotion de personnes endeuillées par la mort d’un proche, mais aussi la peur qui se lit dans les dessins des enfants. Le tout entrecoupé d’images inédites prises par des vidéastes amateurs pendant les bombardements. Ce film documentaire montre à quel point cette guerre a traumatisé une population souffrant déjà de l’absence d’Etat et du blocus de l’armée israélienne.
Parti pris palestinien
Un témoignage rare, mais qui prend clairement parti pour les Palestiniens. A aucun moment, on ne peut entendre la parole d’un Israélien. On regrette également que les personnes filmées ne soient pas toujours clairement identifiées. Tous sont habitants-prisonniers de Gaza, orphelins, veuves ou parents d’enfants tués pendant les bombardements.
Le film n’en a pas moins de force et chaque témoignage s’avère précieux pour comprendre comment les Palestiniens restent dignes face à l’adversité et déterminés à vivre sur les terres où ils ont toujours vécu.
Gaza-strophe. Documentaire de Samir Abdallah et Kheridine Mabrouk (France/Palestine, 2009). 55 mn.

Gideon Levy, journaliste israélien au quotidien Ha'aretz, a déploré l'absence d'autocritique de la société israélienne sur le conflit au Proche-Orient. Photo : Erwan Kalmet
« J’ai été élevé comme un bon garçon de Tel-Aviv où j’ai vécu toute ma jeunesse. Aujourd’hui j’ai honte d’être Israélien, je me sens coupable à cause de tout ce que j’ai vu ces 25 dernières années.
Et plus encore en voyant l’attaque brutale commencée le 27 décembre 2008 contre la population désarmée de Gaza en comparaison de la puissance de feu israélienne. C’est peut-être la guerre la plus brutale jamais déclenchée par Israël en raison de la nouvelle doctrine militaire qui veut qu’Israël a le droit de tout faire pout minimiser les pertes de son côté.
Les Israéliens pensent que leur armée est la plus morale au monde. La société ne se pose aucune question, même si le monde entier condamne l’armée israélienne. Cette situation a été rendue possible par les médias israéliens qui s’interdisent toute critique de la politique internationale de leur pays. Personne ne peut critiquer Israël de l’intérieur sans devenir un traître aux yeux de tous. Et tout ce qui vient de l’étranger est considéré comme une opinion manipulée au mieux, antisémite dans le pire des cas.
Les Israéliens ont des valeurs pourtant. Mais dès qu’il s’agit des Palestiniens, ces valeurs n’ont plus cours. Cela ne vient pas d’une censure de l’Etat, ce sont les médias et la société qui s’autocensurent et ne veulent pas voir autre chose que ce qui les conforte. Aux premiers jours du conflit, les journaux en Israël évoquaient en première page la mort et les funérailles d’un chien militaire tué pendant la fouille d’une maison palestinienne. Le même jour, plusieurs dizaines de palestiniens étaient morts sous les bombardements. Cette information figurait le plus souvent en brève dans les pages intérieures.
Ma situation est tout de même la preuve qu’Israël est une vraie démocratie… pour ses citoyens juifs. Je peux encore m’exprimer dans mon journal, même si de nombreux lecteurs se désabonnent à cause de mes chroniques.
Aujourd’hui, le conflit israélo-palestinien a débordé les frontières du Moyen-Orient. Et c’est peut-être une bonne chose pour tous. Les gouvernements et les citoyens du monde finiront peut-être par faire quelque chose si le conflit ne s’arrête plus aux frontières d’Israël et de la Palestine. »











Je suis d’accord que les Citoyens du monde élèvent leurs voix tous ensemble et se mettent à tisser des liens afin de créer des chemins d’espoir pour sortir l’humanité des conflits stériles qui la rongent depuis si longtemps.
Daniel Durand
Président du Registre des Citoyens du Monde
http://www.recim.org/cdm/citoyen.htm