Nemo repeint Ménilmontant
La nouvelle fresque aérienne de Nemo, sur une façade du 146, boulevard Ménilmontant. Photo : Mairie du 20e
Les premières amours, ce sont les plus belles. Pour Nemo, son cœur est dans le 20e arrondissement. L’artiste a une fois de plus saisi l’opportunité d’illuminer le regard des passants avec la réalisation d’une fresque impressionnante sur la façade d’un immeuble de Ménilmontant.
« Je veux que les gens lèvent les yeux au ciel, j’en ai marre des regards baissés », confie-t-il au Parisien. Un retour aux sources permis par la copropriété de l’immeuble centenaire, en pierre de taille et haut de sept étages, situé au 146, boulevard Ménilmontant, qui lui a commandé la fresque. Réalisée en deux parties à partir de décembre dernier, elle représente un gigantesque ballon rouge qui prend son envol, un cerf-volant que la célèbre silhouette d’Homme en noir tente de saisir et une fusée.
Un clin d’œil au film d’Albert Lamorisse, Le ballon rouge, contant l’histoire d’un petit garçon qui découvre un gros ballon rouge accroché à un réverbère. Un récit d’amitié avec la baudruche qui suit d’elle-même le petit garçon dans le Paris des années 1950. Nemo explique l’ajout de la fusée sur un conduit de cheminée comme étant « une évocation des premiers vols commerciaux dans l’espace ». Mystérieux et loufoque.
« Je n’y comprends pas grand chose »
Ce type de fresque sur mur pignon reste rarissime à Paris. Deux ans de discussions : l’accord de tous les copropriétaires et de l’architecte des Bâtiments de France n’ont pas eu raison de la motivation de Nemo. « Les propriétaires de l’immeuble sont venus me voir, je leur ai proposé un projet qu’ils ont acceptés et aujourd’hui, tout le monde semble satisfait ». Aucune inquiétude, les compliments fusent. « Je passe tous les matins devant, je trouve ça très esthétique et agréable avant de m’enfermer pour une longue journée de travail », lâche Catherine, une locataire du 20e. « Je n’y comprends pas grand chose, un ballon et un pauvre mec cerf-volant à la main. C’est peut-être trop simple pour moi, mais c’est joli », ironise Pierre, un touriste provincial. Nemo aime les quartiers populaires, et ses habitants le lui rendent bien.
« Je laisse l’interprétation libre »
L’ exercice est difficile mais jouissif en ces temps difficiles. « Les commandes publiques se font rares, alors quand certaines personnes font appel à moi et apprécient mon travail… je suis content », se réjouit Nemo. Mais l’important est ailleurs et l’inutile tout proche de nous. « Chacun possède sa propre interprétation de la fresque. J’ai une amie qui ne comprenait pas ce que j’ai voulu peindre. Ça m’est égal, je trouve ça amusant. Je laisse l’interprétation libre. »
Ancien prof’ de mathématiques, aujourd’hui retraité, poète autodidacte des rues, Nemo n’est pas étranger aux habitants du 20e. Un lieu de prédilection pour lui depuis le début des années 8O, comme en témoigne deux anciennes fresques peintes « dans un périmètre très restreint » : 38, rue de Ménilmontant et 36, rue Henri Chevreau. Une longue histoire qui a failli mal se terminer. Il y a trois ans, « l’embourgeoisement de la capitale » a poussé Nemo à se replier vers la banlieue, à Montreuil. « J’ai vécu dans le 20e de 1976 à 1996. »
A 63 ans, l’avenir est devant lui. « L’avenir, je le vis plutôt que d’y penser », médite-il. Pour les souvenirs, Nemo a participé à une exposition collective présentée par la mairie du 20e au Pavillon Carré de Baudouin. Une réussite pour plus de 10 000 visiteurs qui peuvent désormais rehausser le regard devant « leur » nouvelle fresque.










