Frédérique Calandra : « L’Histoire est partout dans le 20e »
Le 75020.fr : A l’occasion de la commémoration de la libération de Paris vous avez regretté que des films comme Inglourious Basterds de Quentin Tarantino déforment la perception des évènements de la Seconde guerre mondiale. Pourquoi ?
Frédérique Calandra : J’aime beaucoup Tarantino, mais son film donne une image trop romancée de la guerre. Ça ressemble trop à un jeu vidéo et c’est difficile à voir quand on sait toutes les souffrances que la France, Paris et le 20e arrondissement ont vécu.On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde disait Desproges. Louis De Funès et Bourville, à leur manière, ont fait la même chose que Tarantino en leur temps. Mais à l’époque la France du Général de Gaulle voulait tourner la page de la Seconde guerre mondiale. Aujourd’hui c’est l’époque de la vérité par le travail des historiens.
Pourquoi cette période de l’histoire est-elle si importante à vos yeux ?
Frédérique Calandra : Le 20e arrondissement est chargé de cette histoire, elle est partout. Personnellement, je viens d’emménager dans un nouvel appartement dans le 20e, les propriétaires m’ont dit que leur père y était mort en 1944, tué à sa fenêtre alors qu’il saluait les libérateurs. Et il n’y a pas une école dans notre arrondissement qui n’ait pas une plaque à la mémoire des enfants déportés. Les habitants du 20e, lieu historique de l’implantation de la communauté juive à Paris, ont beaucoup souffert pendant la guerre.
Selon vous, qu’est-ce que le 20e a hérité de cette histoire ?
Frédérique Calandra : Le 20e est un des arrondissements de Paris les plus rebelles, aujourd’hui comme hier. Il a été un haut lieu de la MOI (Main-d’œuvre immigrée) pendant la guerre. C’est d’ailleurs le premier arrondissement a avoir eu une rue et une plaque à la mémoire du groupe Manouchian [ndlr : du nom du leader des résistants de la MOI à Paris]. Le 20e est resté un arrondissement un peu métèque sous l’effet des nombreuses vagues d’immigration. Calandra ne sonne pas très français d’ailleurs. C’est aussi un arrondissement très solidaire. On critique la boboisation aujourd’hui, mais les bobos ont une forte conscience collective, une envie d’améliorer la ville pour y vivre mieux et font preuve de générosité.











