« Brotherocean » de Syd Matters : oniriquement vôtre
Après quelques écoutes de Brotherocean, une conclusion s’impose. On est une nouvelle fois moins accroché que par un Black & White Eyes – morceau cristallin qui s’imposait avec une magique évidence sur le premier album de Syd Matters.
Mais c’est volontairement que Jonathan Morali, chanteur et tête pensante de la formation, a évité cette recherche de la mélodie enjôleuse. « Est-ce que je suis capable de faire quelque chose de plus large que juste : c’est joli ? », nous confiait, au printemps dernier, le musicien natif du 20e arrondissement.
Pour autant, ce nouvel opus ne s’inscrit pas dans la lignée angoissée de Ghost Days, le précédent album du groupe. Plus optimiste, il a cette manière de mêler titres apaisés et chansons enlevées dont savent faire preuve les Belges de Girls in Hawaii. Plus accessible aussi, à l’instar des entêtantes onomatopées de la chanson Hadrian’s Wall, qui semblent taillées pour être reprises par le public. A l’instar encore de I Might Float, qui rappelle un peu dans sa composition certaines harmonies de Pink Floyd – dont le cofondateur Syd Barrett légua son prénom au groupe de Jonathan Morali.

Avec "Brotherocean", Jonathan Morali a souhaité "faire quelque chose de coloré et de plus rythmé" que sur "Ghost Days". Photo : Bertrand Noël
Douillets comme un oreiller
Toutefois, ce ne sont pas des racines psychédéliques que le chanteur évoque quand il parle de Brotherocean. Ni même musicales, d’ailleurs. Il évoque des sources plutôt littéraires.
Lumière d’août de William Faulkner l’a conduit à écrire Wolfmother et Hi Life. Et, sur les conseils de Dominique A, Jonathan Morali a particulièrement apprécié la lecture de La Mer, de John Banville. Laquelle lui a inspiré We Are Invisible et River Sister. Deux morceaux agréablement tièdes et douillets comme un oreiller, évoluant à la frontière entre veille et sommeil.
L’onirisme n’est d’ailleurs pas pour rien dans la composition des morceaux de Syd Matters, ainsi que l’explique Jonathan Morali : « J’ai passé dix années pendant lesquelles je ne me souvenais jamais de mes rêves. Et puis il y a deux ans, un bon matin, je me suis réveillé en m’apercevant que j’avais un film dans la tête, des images que j’avais vues dans la nuit. Ça a été un sacré choc… Depuis, je rêve énormément, ce qui me permet d’avoir des chansons presque préécrites. Rest en est un exemple type : c’est la pure description d’un rêve que j’ai fait. »
Le résultat s’en ressent. Et accompagne à merveille les bâillements du dimanche matin devant une tasse de café.
Brotherocean, sorti le 30 août 2010 chez Because Music
MySpace de Syd Matters
Ecouter l’album Brotherocean de Syd Matters :











