Le 20e, un arrondissement de « souffrance » et « porteur d’avenir » 03/09/10

Le 20e, un arrondissement de « souffrance » et « porteur d’avenir »

Gérald Dittmar est auteur de nombreux livres retraçant l'histoire du 20e arrondissement. Photo: M. Guillon

Gérald Dittmar est auteur de nombreux livres retraçant l'histoire du 20e arrondissement. Photo: M. Guillon

Gérald Dittmar, écrivain spécialisé dans le 20e arrondissement et à la tête des éditions Dittmar, vient de sortir un livre retraçant les 150 ans de l’arrondissement, né en 1860 (Histoire du XXe arrondissement de Paris : 1860-2010, éditions Dittmar, 2010). Le75020.fr est revenu avec lui sur les points forts de l’histoire du quartier.

Le75020.fr : Comment est né le 20e arrondissement ?

Gérald Dittmar : Le 20e arrondissement a été créé à partir de deux villages, ceux de Belleville et de Charonne. Belleville, était une des plus grandes communes de France (la 3e) et comptait près de 60 000 habitants. Elle regroupait une partie du 19e, une partie du 10e, une partie du 11e et une partie du 20e. (…) Le 20e est né en juin 1860 sous le Second Empire, en même temps que huit autres arrondissements s’ajoutant aux douze déjà existant.

Comment expliquez-vous l’implication du 20e pendant la Commune en 1871 ?

G. D. : Dans cet arrondissement, vous aviez une population très ouvrière. A l’époque, les travaux d’Haussman qui transforment tout Paris, entraînent le départ de beaucoup d’ouvriers du centre de la ville vers les nouveaux arrondissements. C’est toute « l’aristocratie » ouvrière qui se déplace dans le 20e. Des ouvriers très compétents et très qualifiés qui, de surcroît, savent lire, écrire, compter et sont politiquement conscients, syndicalement engagés.

Cela explique la participation importante du 20e à la Commune. On disait même que le 20e arrondissement était le fer de lance de la Commune. Les derniers combat se dérouleront d’ailleurs autour de l’ex-rue de Paris, rebaptisée aujourd’hui rue de Belleville, et puis tout autour du Père-Lachaise.

Couverture du livre "Histoire du XXe arrondissement de Paris : 1860-2010", Éditions Dittmar, 2010

Couverture du livre "Histoire du XXe arrondissement de Paris : 1860-2010", Éditions Dittmar, 2010

Vous écrivez aussi dans votre livre que c’est un quartier de souffrance. Pourquoi ?

G. D. : D’entrée, le 20e naît dans la souffrance avec la Commune. C’est le mythe fondateur. On tuait des civils à la mitrailleuse. 30 000 morts en deux mois entre Français. Après, c’est toutes les migrations. Ces gens qui fuient les persécutions viennent dans le 20e pour essayer de se reconstruire, pour essayer de revivre.

Ensuite vient le drame de la Seconde Guerre mondiale. Mille enfants juifs sont arrêtés dans les écoles par la police française. (…) C’est donc une terre de souffrance, et comme le dit le proverbe, « toute la misère du monde se retrouve dans le 20e ».

Comment le 20e a-t-il évolué ?

G. D. : D’une certaine manière rien n’a changé. On peut dire effectivement qu’il se « boboïse ». (…) Les employés ont remplacés les ouvriers. L’arrondissement s’est embourgeoisé de facto parce qu’il a connu une évolution logique d’urbanisation et de développement économique. Mais les structures mentales sont identiques. On le voit de manière flagrante au moment des élections. Lorsque le 20e arrondissement s’exprime, il s’exprime à 75 % pour des idées sociales. Et ça recoupe curieusement les mêmes proportions qu’au XIXe siècle.

Pourquoi sont-elles les mêmes ? Parce que l’imprégnation de la mentalité ouvrière – des valeurs de moralité, de mérite, de probité, d’honnêteté, d’intégrité et de franchise au quotidien – est telle que les populations qui se sont installées dans le temps, y compris les populations immigrées, ont intégré et se sont adaptées à ces valeurs.

Comment voyez vous l’avenir du 20e ?

G. D. : Comme c’est déjà un arrondissement puissant de par sa population (200 000 habitants) de par sa dimension et de par sa diversité qui est une vraie richesse, je pense que le 20e est appelé à connaître un véritable essor. Regardez le nombre de théâtres. C’est un quartier qui est jeune. Les bobos ont une moyenne d’âge de 30-35 ans et vont avoir des enfants. Il y a une vraie jeunesse dans le 20e contrairement au 16e. Il y a une régénération. Tout cela est porteur d’avenir.

371, rue des Pyrénées, 75020 Paris, France

Éditions Dittmar – 371, rue des Pyrénées, 75020 Paris