«The Killer inside me» : Effroyable et captivant au MK2 Gambetta
« Le problème dans une petite ville, c’est que l’on croit connaître tout le monde ». La réplique du shérif-adjoint Lou Ford, le personnage principal de The Killer inside me, résume parfaitement l’ambiance qui règne au milieu des années 50 à Central City. C’est dans cette bourgade du Texas que se déroule le dernier film de Michael Winterbottom, réalisateur du remarqué Un cœur invaincu.
Avec sa gueule d’ange, sa voix quasi-féminine et ses manières policées, Lou Ford (Casey Affleck) joue sur du velours, ponctuant ses phrases par des « Madam » de cow-boy galant dès qu’il croise un jupon. Pourtant, l’homme tue. Toujours de sang-froid. D’abord par vengeance, ensuite par sadisme.

L'amour avant la violence destructrice entre Casey Affleck et Jessica Alba. Photo : Mars distribution
La violence poussée à son paroxysme
La violence est froide, aveugle et fulgurante. Parfois suggérée, elle est poussée à son paroxysme et exhibée de la manière la plus crue dans deux scènes où le shérif-tueur passe à tabac sa maîtresse, interprétée par Jessica Alba, et plus tard sa femme, jouée par Kate Hudson. Une brutalité qui a bousculé les spectateurs du Festival de Sundance aux Etats-Unis lors de la présentation du film, au point de leur faire quitter la salle avant la fin, écœurés.
Michael Winterbottom pose en effet longuement sa caméra, en gros plan, sur le visage ensanglanté puis complètement défoncé de Jessica Alba dont on ne peut s’empêcher de détourner les yeux. Selon le cinéaste, il est bien plus problématique de banaliser la violence en la minimisant que de la montrer ainsi. Un point de vue discutable si on estime que la montrer de manière crue et réaliste est une manière de la banaliser.
Tiré d’un roman déjà adapté par Bertrand Tavernier
L’histoire, tiré d’un roman de Jim Thompson (Pop. 1980), est porté pour la deuxième fois à l’écran après le film Coup de Torchon de Bertrand Tavernier. Le livre fait la part belle à la psychologie du tueur avec une narration à la première personne que Michael Winterbottom reprend efficacement à son compte avec une voix off qui donne plus de corps au personnage principal et laisse le spectateur entendre les pensées du meurtrier.

Kate Hudson interprète une femme amoureuse mais pas dupe des dérives de son mari. Photo : Mars distribution
Casey Affleck, glaçant
Casey Affleck frôle l’excellence, tout en subtilité dans son rôle glaçant de tueur sadique et compulsif. Jessica Alba s’en sort bien dans un rôle plus épais que ce à quoi elle nous avait habitué, notamment dans les 4 Fantastiques. Kate Hudson brille quant à elle dans son rôle de femme amoureuse mais pas dupe. On prend aussi plaisir à retrouver l’acteur Simon Baker qui a récemment accédé à une reconnaissance internationale grâce à la série The Mentalist.
Une bande originale décalée
Malgré la violence du personnage principal, on apprécie de suivre une personnalité trouble dans ses pérégrinations sadiques. L’impression de malaise est accentuée par une bande son originale où se mêle un blues léger et du chant lyrique. Un décalage avec l’ambiance générale du film qui fonctionne parfaitement.
Au final, on sort de là avec un gout amer en bouche, laissé par un bon film qui prend aux tripes et glace le sang.
The Killer inside me, de Michael Winterbottom
au MK2 Gambetta (interdit au moins de 12 ans)
Avec Casey Affleck, Kate Hudson, Jessica Alba et Simon Baker
Tous les jours à 13h05, 15h20, 17h35, 19h55 et 22h10
séances supplémentaires les mercredis, samedis et dimanches à 10h50











