Les Petits Pierrots menacés d’expulsion 01/09/10

Les Petits Pierrots menacés d’expulsion

Moustache grisonnante, le visage creusé par la fatigue et la démarche nonchalante, François Grandeau en a marre. Président de l’association Les Petits Pierrots, qui s’occupe des jeunes du quartier de la Réunion dans le 20e arrondissement, il ne sait plus comment faire pour la sauver. Depuis plus d’un an, l’association ne paye plus son loyer. Elle doit aujourd’hui rembourser une dette d’environ 15 000 euros à l’OPAC, propriétaire du local qu’elle occupe au 33, rue de la Réunion.

François Grandeau a bien essayé de solliciter l’aide de la mairie du 20e arrondissement, sans succès. Alors il est parti sur le terrain, a rédigé une pétition, signée par près de 700 personnes, s’est invité aux inaugurations officielles et aux conseils de quartier pour se faire entendre. En vain. Le 21 septembre 2010, après 22 ans d’activité, l’association risque l’expulsion. François Grandeau, même s’il se dit fatigué, compte bien se battre jusqu’au bout pour préserver son local et les activités qu’il héberge.

« Tout a été dit »

Nous l’avions rencontré pour la première fois lors de l’inauguration des nouveaux bains-douches municipaux de la rue des Haies en mai 2010. Il voulait alors s’entretenir avec la maire du 20e, Frédérique Calandra, qui l’avait cordialement éconduit en lui répondant : « Tout a été dit ». Pour la mairie du 20e c’est à l’association de régler elle-même ses problèmes de dette.

François Grandeau a demandé à la mairie du 20e arrondissement une subvention exceptionnelle de 15000 euros. M.Guillon

L’association Les Petits Pierrots s’est installée dans le 20e arrondissement en 1988. Son objectif est de proposer aux adolescents et aux enfants du quartier de la Réunion des activités pour qu’ils sortent de leur hall d’immeuble.

L’association s’est construite autour de trois axes. D’abord, le « terrain d’aventure », un terrain vague situé au 16, rue de Fontarabie converti en aire de jeu et de découverte, aménagée par et pour les enfants, peut-on lire sur le site internet des Petits Pierrots. Le deuxième axe, des sorties et des séjours de vacances. Enfin, un espace d’accueil où les jeunes peuvent se retrouver pour jouer avec des jeux de société et des jeux vidéos, peindre ou préparer des spectacles pour les parents.

Pression immobilière et manque de subventions

Mais de ces trois axes il ne reste que le dernier. Le terrain d’aventure ne résiste pas à la pression immobilière et ferme ses portes en 2008. Les séjours de vacances stoppent net en 2004, faute de subventions jusqu’alors accordées par la direction Jeunesse et Sport de la Ville de Paris.

« Aujourd’hui, il nous reste un accueil de loisir, tous les jours où il n’ y a pas école, sauf le lundi et le mardi. De 14h à 18h on s’occupe des enfants de 6 à 14 ans, et de 18h à 20h on fait un accueil jeunes pour les plus de 14 ans », explique François Grandeau. Sans local l’association n’aura plus qu’à fermer ses portes. « C’est un local qui a été construit en 1995. Quand nous y avons emménagé en 2005, il n’avait jamais été occupé. Vous pouvez être sûr qu’après notre départ il restera vide », s’insurge le président des Petits Pierrots.

Les Petits Pierrots s'occupent de jeunes dont personnes ne veut s'occuper. Photo: M. Guillon

En sous-sol, le local d’une cinquantaine de mètres carrés, coûte 850 euros/mois à l’association. Malgré les 62 000 euros de subventions annuelles de la Ville de Paris, et les 38 000 euros venant du conseil régional et d’autres organismes, elle ne parvient pas à payer son loyer.

« Ça peut paraître important, mais il faut rappeler que nous avons quatre salariés (dont deux emplois tremplin et un CAE). (…) Nous avons une masse salariale de près de 90 000 euros/an », explique François Grandeau. Reste 10 000 euros pour le loyer, les frais en tout genre (assurance, internet, téléphone…) et les activités. « Ce que nous demandons à la mairie du 20e, c’est une subvention exceptionnelle pour couvrir nos 15 000 euros de dette et un local moins cher et mieux adapté à nos besoins », se désespère-t-il.

« Nous nous occupons de jeunes dont plus personne ne s’occupe »

Soutenu par d’autres associations œuvrant dans le quartier, comme Benkadi Afema XX, François Grandeau considère que son association est nécessaire à un quartier qui, d’après lui, se dégrade. Après le décès de Marie Journot, en juillet dernier, il était venu discuter avec les jeunes du quartier et des élus de la mairie du 20e. Le dialogue, difficile, avait souligné l’importance de l’implantation de longue date de l’association bien connue des jeunes du quartier.

François Grandeau: «Nos jeunes ne vont pas dans les autres associations.» Photo: M. Guillon

François Grandeau: «Nos jeunes ne vont pas dans les autres associations.» Photo: M. Guillon

« Je ne remets pas en cause ce que les autres associations font, assure François Grandeau, mais nous nous occupons de jeunes dont plus personne ne s’occupe. Ils ne vont pas dans les autres associations. » Et ce pour plusieurs raisons.

La première est purement financière. « Notre cotisation annuelle ne dépasse pas un euro. Parfois c’est même 50 centimes », explique le président des Petits Pierrots. La deuxième c’est le mode de fonctionnement des autres associations qui ne serait pas adapté aux jeunes dont il s’occupe. « Nous ne les obligeons pas à rester dans le local pendant les horaires d’attente. S’ils veulent faire un foot sur le stade à côté, nous les laissons y aller. Ils choisissent ce qu’ils veulent faire. Par contre, s’ils commencent une activité prévue dans notre programme, ils y restent jusqu’au bout. »

Le manque de moyens et les problèmes liés au local peu adapté impliquent que l’association propose de moins en moins d’activités pour les adolescents. « Avant on s’occupait surtout des adolescents. Aujourd’hui on s’occupe principalement des enfants », regrette François Grandeau. « Il n’y a plus rien pour eux dans le quartier. »

Reprenant une bouffée sur sa cigarette roulée, il se fait d’un coup plus optimiste. « J’ai d’autres pistes pour les financements. Avec l’URSAFF et la loi Fillon sur les exonérations de charges, je vais peut-être réussir à passer le 21 septembre. »

75020 Paris, France

Quartier de la Réunion, 75020 Paris