« Notre objectif est la stabilisation de l’usager de drogues » 06/05/10

« Notre objectif est la stabilisation de l’usager de drogues »

Le bus de méthadone est un CSST (Centre de Soins Spécialisés aux Toxicomanes) et existe depuis 1998. Ce qui le différencie des autres CSST, c’est son bas seuil d’exigences. Une seule entrevue avec les médecins suffit à la mise en place d’un traitement par la méthadone pour un toxicomane. Autre particularité, c’est sa mobilité. Avec celui de Marseille, c’est le seul bus de ce type en France. Il se déplace toute la journée entre la gare de l’Est, le Boulevard Ney et le cours de Vincennes pour distribuer gratuitement et anonymement le produit de substitution.

Thomas Dusouchet est pharmacien pour le programme du bus de méthadone. Il a accepté de répondre à nos questions.

La pompe graduée qui sert à doser la méthadone. Photo M. Guillon

La pompe graduée qui sert à doser la méthadone. Photo M. Guillon

Le75020.fr : Orientez-vous les usagers de méthadone vers d’autres structures comme des centres de désintoxication ?

Thomas Dusouchet : On informe les usagers sur les différentes possibilités de soins. Après on s’adapte plus au souhait de la personne. En augmentant la dose de méthadone si elle décide de diminuer sa consommation de skénan (un médicament anti-douleur) ou d’héroïne, en diminuant la dose si elle considère que c’est le moment de réduire sa consommation ou si elle a augmenté sa prise de drogue.

On les oriente également vers les médecins du centre s’ils ont des problèmes de santé. L’avantage c’est qu’elles peuvent consulter un médecin sans prendre rendez-vous et le lendemain un nouveau traitement peut commencer. Les décisions les plus difficiles, on les prend en équipe. Pour ceux qui demandent un sevrage, on établit avec eux une diminution de la dose de méthadone progressive. Le danger c’est de diminuer trop rapidement et que l’usager recommence à consommer pour éviter la sensation de manque. Il faut trouver un équilibre avec la personne pour savoir quelle sensation de manque elle est prête à affronter.

Concrètement comment se passe le sevrage ?

T. D. : Généralement on diminue les doses de 5mg par 5mg. Ensuite, on commence une cure de sevrage avec l’aide de médicaments anti-douleur ou on place l’usager en hospitalisation. Mais ce n’est pas ce vers quoi on tend. Notre objectif est avant tout la stabilisation de l’usager et la réduction des risques liés à la consommation de stupéfiant.

Comment votre action est-elle perçue par les pouvoirs publics et la société ?

T. D. : Depuis le milieu des années 90 le discours hostile à disparu. Il reste toutefois difficile d’implanter un CSST (Centre de soins spécialisés pour toxicomanes) parce que le toxicomane reste stigmatisé par la société. Les élus sont donc un peu frileux dès qu’il s’agit d’implanter un tel centre dans leur arrondissement ou leur ville.

Pourquoi venir sur le quartier du cours de Vincennes ?

T. D. : En fait, c’est historique. Quand nous avons commencé le programme, le cour de Vincennes drainait une population de prostitués et d’usagers de drogues. Aujourd’hui ça a changé, mais l’implantation reste légitime. Sur le bois de Vincennes il y a beaucoup de SDF qui vivent et qui viennent nous voir.

Comment réagissent les habitants des quartiers du cours de Vincennes ?

T. D. : Nous menons avec les riverains et les mairies d’arrondissement dans lesquels le bus passe des médiations. Les passants demandent encore ce qu’on fait. Ils nous préviennent s’il y a des problèmes. Pour éviter la grogne des riverains on essaie d’éviter que les usagers restent dans le coin, qu’ils soient alcoolisés. On essaie aussi d’éviter les bagarres. C’est une partie quotidienne de notre travail.

Que pense Médecin du Monde des salles de shoot ?

T. D. : Salle de shoot, piquerie, shooterie. Ce sont des termes péjoratifs utilisés par les conservateurs pour dénigrer cette initiative. Nous préférons donc parler de salle de consommation à moindre risque. Gaïa est partenaire d’un collectif d’association (le collectif du 19 mai : Asud, Actup Paris, Safe Paris, Gaïa). Ce collectif avait monté l’année dernière une fausse salle de consommation à Paris et avait proposé un débat médiatique sur le sujet aux politiques locaux. En décembre dernier, la mairie de Paris a dépensé 20 000 euros pour l’organisation d’un débat publique qui devrait être mené cette année par Jean-Marie Leguen (ndlr : adjoint au maire de Paris chargé de la Santé publique et président du conseil d’administration de l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris).

La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, s’était montrée assez ouverte sur le sujet ?

T. D. : Oui, elle a chargé l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) de mener une expertise sur le sujet pour montrer les avantages et les inconvénients des salles de consommation. En fonction de leurs conclusions, elle prendra sa décision.