Le braquage de trop pour le café social de Belleville 27/02/10

Le braquage de trop pour le café social de Belleville

Dix cambriolages et un braquage à main armée en moins de deux ans... la coupe est pleine pour les habitués du café social. Photo : B. Bonne

Dix cambriolages et un braquage à main armée en moins de deux ans... la coupe est pleine pour les habitués du café social. Photo : B. Bonne

Le onzième vol en moins de 2 an ! Après le braquage subi mardi 23 février 2010 en début de soirée, les salariés et les centaines d’adhérents du café social de la rue Pali Kao expriment leur ras-le-bol.

Le pistolet sur la tempe

Les malfaiteurs sont allés plus loin que les autres fois. Vers 18h45, alors qu’ils s’apprêtaient à partir, le président de l’association Ayyem Zamen (en français, Le Temps jadis) qui gère le café, son directeur et un adhérent ont été attaqués par cinq hommes encagoulés. « Ils sont entrés par la porte de derrière, explique Moncef Labidi, le directeur et fondateur du café, l’un d’eux était armé d’un pistolet. Il m’a pris par le cou, je pouvais à peine respirer. Il a pointé son arme sur ma tempe et m’a demandé la clé du coffre ».

« Ouvre, sinon je te fume ! », menace l’agresseur. Quand Moncef Labidi lui dit qu’il n’a pas la clé, l’homme au pistolet lui assène alors un coup sur la tempe avec la crosse de son arme. Moncef Labidi trouve finalement la clé du coffre et l’ouvre sous la menace. « Il y avait entre 1000 et 2000 euros, les recettes de la buvette. »

Moncef Labidi (au centre) veut continuer à faire fonctionner le café social. Photo : B. Bonne

Moncef Labidi (au centre) veut continuer à faire fonctionner le café social. Photo : B. Bonne

Coups de feu

Les malfaiteurs s’enfuient alors avec le butin, mais l’un d’eux, resté un peu à l’arrière, est rattrapé par Moncef. Il parvient à s’extirper une première fois, mais se fait rattraper, Moncef le fait alors tomber et le roue de coups de pieds. C’est alors que l’homme pistolet revient et tire plusieurs coups de feu en l’air pour délivrer son complice.

Il y a déjà eu des cambriolages, mais c’est la première agression déclare le directeur du café social. « Les policiers nous avaient conseillé de mettre des rideaux métalliques, ce qu’on a fait. Mais j’ai l’impression qu’en diminuant les chances d’être cambriolé, on a augmenté nos chances d’être agressé. Imaginez si j’avais été tout seul, comme c’est le cas quelquefois », s’inquiète-t-il.

« Une délinquance locale »

Les agresseurs savaient qui il était et où était le coffre. « Soit ils étaient déjà venus, ou étaient présents lors des précédents cambriolages, soit ils ont eu un bon tuyau », accuse Moncef. Ce braquage, « c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ». « Nous poussons un cri de colère. Dix vols chez nous alors qu’il n’y a rien eu de tel pour les commerçants à proximité ». A croire que quelqu’un leur en veut. Pour lui, il ne fait aucun doute qu’il s’agit de personnes du quartier. « C’est une délinquance locale qui voit en nous, les petites associations, des proies faciles. »

L’incompréhension règne donc parmi les membres de l’association. « Comment en est-on arrivé là ? », se demande Moncef. « Pendant un moment, je me suis dit, on arrête tout. J’ai peut-être fait preuve de trop d’angélisme en pensant que nos valeurs et nos actions en faveur des aînés immigrants, nous protègeraient contre ce genre d’incident », concède-t-il.

Les habitués du café social n'ont pas déserté les lieux, bien au contraire. Photo : B. Bonne

Les habitués du café social n'ont pas déserté les lieux, bien au contraire. Photo : B. Bonne

Réfléchir au vivre ensemble

Mais au lieu de fuir, Moncef Labidi a décidé de tenir tête, comme si cette épreuve démontrait que son association est indispensable dans le quartier. « Les gens vont encore plus se poser des questions sur le vivre ensemble », se rassure le directeur du café social. Il entend bien utiliser cet incident pour se faire entendre et faire comprendre aux autres l’importance d’une telle association.

L’association et les trois personnes présentes lors de l’agression se sont constituées partie civile. Moncef Labidi a également alerté la société Paris Habitat, qui gère les locaux de l’association. Pour qu’elle prenne des mesures de sécurisation de la cour qui jouxte l’arrière du local et par où les agresseurs sont passés. « Cette cour est toujours ouverte au public, et elle draine une population de personnes alcoolisées ou fumant du shit », déplore le directeur.

La mairie du 20e a apporté son soutien ainsi que le cabinet du maire de Paris, Bertrand Delanoë. « Les deux se sont indignés de l’incident. Mme la maire, Frédérique Calandra, m’a téléphoné pour me dire qu’elle saisirai l’opportunité pour alerter le préfet de Paris, pour que l’on prête plus d’attention à ce quartier. »

Vendredi 26 février, dans l’après-midi, plusieurs dizaines de personnes, élus, adhérents et riverains se sont rassemblées devant le café social en signe de soutien (ajout de la vidéo, le 28/02/10) :

Dans un communiqué de presse, la maire du 20e arrondissement, Frédérique Calandra en appelle à Brice Hortefeux pour que la police protège mieux l’Est parisien.