Les sans-papiers de Ménilmontant sont-ils tombés dans un guet-apens ? 24/02/10

Les sans-papiers de Ménilmontant sont-ils tombés dans un guet-apens ?

Photo : B. Bonne

Nous vous avions déjà parlé de l’action menée par les grévistes sans-papiers de Multipro-Ménilmontant, le 11 février 2010. Vendredi 19 février, les sans-papiers et leur collectif de soutien, sont allés à Nation pour tenter, une nouvelle fois, d’obtenir des explications de celui qu’ils appellent « patron voyou », Thierry Belhassen.

Ils ont été accueillis par une bande de jeunes prêts à en découdre. La police, présente sur place, et la retenue dont ont fait preuve les manifestants ont permis que le pire soit évité.

Pacifique

Rendez-vous avait été donné devant l’agence Multipro, rue de Ménilmontant, occupée par les travailleurs grévistes sans-papiers depuis plus de 120 jours. Un seul mot d’ordre, délivré par Sebastien Chatillon du syndicat Solidaires : « Aller une nouvelle fois demander des explications au patron de manière pacifique. »

A 14h30, la cinquantaine de manifestants s’engouffre dans la bouche de métro située en face de l’agence d’intérim, direction place de la Nation où Thierry Belhassen possède deux autres agences Multipro. Déterminés, les sans-papiers en attente de Cerfa, les syndicalistes engagés dans le mouvement et quelques soutiens se rendent devant la première agence, rue des Immeubles industriels (dans le 11e). Ils y trouvent porte close. Derrière, un maître-chien est en faction, et la vitrine est à présent affublée de messages fustigeant avec force l’action des grévistes, la qualifiant de « terroriste ».

Affrontement

Jusque là, aucun débordement n’est à déplorer. Le patron, observe du bout de la rue et persiste à refuser le dialogue. Interrogé, Thierry Belhassen affirme : « Je ne lâcherai rien ». Assuré d’être le plus à plaindre dans cette affaire, il juge être « pris en otage » et continue à dire qu’il n’a « jamais embauché des sans-papiers en connaissance de cause ». « Ils se sont présentés en premier avec des faux papiers », clame-t-il.

Très vite la police est intervenue pour rétablir le calme. Photo : B. Bonne -

C’est en arrivant face au local de la seconde agence, boulevard Voltaire, que les évènements tournent au vinaigre. Un homme de forte corpulence en manteau bleu, accompagné d’André Belhassen, père du directeur et fondateur de l’entreprise, s’approche des sans-papiers.

Les esprits s’échauffent. Visiblement avide d’en découdre, l’homme au manteau bleu s’en prend alors à notre journaliste, venu couvrir la manifestation. En tentant de lui échapper, il est alors poursuivi par de jeunes gens, sortant des boutiques, qui le prennent en chasse armés de casques de scooter. Un policier est heureusement intervenu pour les faire reculer.

S’en suit un court affrontement entre ces jeunes gens et les sans-papiers. La police sépare tout le monde rapidement arrêtant au passage un des sans-papiers. Ils sera relâché quelques heures plus tard.

Escalade de la violence

Encadrés par les forces de l’ordre, les manifestants font face à leurs agresseurs qu’ils identifient à leurs slogans racistes comme étant de la LDJ (Ligue de défense juive) ou du Betar (mouvement de jeunesse sioniste orienté idéologiquement à droite). D’autres, plus mesurés, évoquent le corporatisme et le soutien entres commerçants pour justifier l’assaut qu’ils viennent de subir. L’énervement et le désespoir se lit sur certains visages. Personne ne s’attendaient à un accueil si violent. L’une des membres du collectif de soutien âgée de 70 ans, projetée à terre lors de la rixe, souffre du coude. Bilan : une fracture et trois jours d’hospitalisation.

Encadrés par les forces de l'ordre, les manifestants ont été raccompagnés jusqu'au métro. Photo : B. Bonne

Pendant environ une demi-heure de provocation mutuelle, les sans-papiers scandent des slogans antiracistes alors que les jeunes leurs font face sans se démonter. Les sans-papiers, encadrés par un impressionnant dispositif de police, sont finalement accompagnés pour rejoindre  le métro. Pour les personnes investies dans cette cause, « c’est désormais un nouveau cap qui vient d’être franchi ». « La lutte continue, et on ne baissera pas les bras », assurent-ils.

Mercredi 24 février à 17h30, un rassemblement de soutien aux grévistes était organisé place de la Nation (à l’angle du Boulevard Voltaire et de la rue du faubourg Saint-Antoine) à l’appel des syndicats Solidaires, de l’Union locale CGT et des comités de soutien du 11e et du 20e.

Rue89.com est allé rencontré les sans-papiers de Multipro-Ménilmontant