Pascal Riché, fondateur de Rue 89: « On a créé le site avec des bouts de ficelles ! »
Pascal Riché, co-fondateur et rédacteur en chef du site Rue89.com, évoque son expérience de journaliste et d’entrepreneur… en toute indépendance.
Le 75020. fr : Comment vous est venue l’idée de créer Rue 89, un des premiers sites d’information gratuits et participatifs sur le web ?
Pascal Riché : C’était déjà lié à mon goût pour le blog. En 2004, j’ai créé pour Libération « La course à la Maison Blanche », premier blog d’un journaliste salarié. A l’époque j’étais en poste à Washington, je suivais les présidentielles aux Etats-Unis et j’exprimais dans ces pages ce que je ne pouvais pas dire dans le journal. J’ai vite vu que c’était un bon moyen de faire du journalisme de manière différente, en conversation avec le lecteur et non en surplomb, et en incorporant des images et du son. Pierre Haski , qui tenait un blog à Pékin, et Laurent Mauriac, qui faisait de même à New York, ont vécu la même découverte.
Cette idée a suivi son cours de retour en France, et les circonstances nous ont aidés : les difficultés de Libération et le changement d’actionnaire, l’amertume ressentie à ce moment là nous ont poussés, à partir et à fonder, avec Arnaud Aubron, ce site.
Comment fait-on pour créer quelque chose à partir de rien ? Et comment avez-vous si vite établi votre notoriété?
P. R. : On a créé Rue 89 avec des bouts de ficelles ! Nos indemnités de départ y sont passées, et puis des amis nous ont aussi apporté 300 000 euros. Un an plus tard, nous avons levé plus d’1 million d’euros auprès de particuliers mais aussi d’Hi-Média. On a commencé à travailler avec des bénévoles et l’équipe actuelle. Nous sommes arrivé à la Pépinière Paris Innovation Réunion dans le 20e arrondissement en juillet 2007, ça fait deux ans, et on aimerait encore y rester une année supplémentaire. Pour la notoriété, nous avons eu la chance de faire très vite deux trois scoops, notamment celui de Cécilia Sarkozy qui n’est pas allée voter, et le fait que le Journal du Dimanche se soit auto censuré sur la pression de Sarkozy pour ne pas le publier. Aujourd’hui, nous sommes lus par 200 000 personnes chaque jour.
Pourquoi l’indépendance de Rue89 est-elle si importante ? On a le sentiment que vous y êtes fortement attaché…
P.R. : Je crois que les citoyens aspirent tous à une presse indépendante, dans tout régime politique quel qu’il soit. Le paysage de la presse inspire beaucoup de défiance aujourd’hui vis à vis du pouvoir en général, qu’il soit économique ou politique, et à son contrôle sur les médias. Nous, on est tout petits, on a peu de cartes à jouer, mais on tient au moins à notre regard critique lié à notre indépendance.
Vous offrez de l’information « à trois voix », qui fait intervenir à la fois les journalistes, les blogueurs et les internautes : pensez vous que les trois « voix » ne soient pas amenées à se concurrencer à l’avenir, et que pensez vous de la remise en cause de l’information gratuite sur la toile ?
P. R : Pour moi la concurrence n’a pas lieu d’être : les blogueurs font des commentaires, parfois avec talent, donnent des expertises s’ils sont experts, mais ne font pas du journalisme. Un journaliste produit de l’information, la vérifie, il met son cachet sur ce qu’il affirme. D’ailleurs, nous travaillons avec une cinquantaine de blogueurs réguliers, ils nous donnent une info et il arrive qu’il nous demandent un coup de main pour la traiter, ou pour enquêter.
Pour l’information gratuite sur la toile, Rue 89 tient à garder ce cap. On pense que la gratuité fait partie de la culture du web, on croit à la théorie de la longue traîne de Chris Anderson. On peut imaginer que le contenu principal de l’information demeure gratuit, et vendre à côté des services aux clients, comme des petites annonces. Aujourd’hui par exemple, on développe d’autres prestations au sein de Rue89 : on a aussi un rôle de web agency, qui nous a entre autres permis de créer le portail littéraire du Nouvel Observateur, BibliObs ; on organise également des formations à l’écriture web et au montage, on a ainsi formé l’AFP et l’Argus Auto…
Vous sentez-vous bien dans le 20e arrondissement ?
P. R. : Oui, on va essayer de rester encore un peu à la pépinière, on aime beaucoup le quartier. Quand on est arrivé on a fait un article sur la rue des Haies. C’est une rue qui était pleine de cafés, assez vivante. La pépinière était en fait un atelier d’artisans. Depuis qu’on est là la rue a changé à toute vitesse : la pépinière, puis une médiathèque… c’est très intéressant de voir cette évolution. D’ailleurs nous avons fait un éclairage sur le doudou perdu à Buzenval, l’avez vous trouvé ?
Et pourquoi « Rue 89″ ?











