Habitat indigne : il reste une locataire au 8, rue de Bagnolet

Le plafond de l'appartement, soutenu par des étais en bois, menace de s'écrouler à tout moment. Photo : M. Guillon

Le plafond de l'appartement, soutenu par des étais en bois, menace de s'écrouler à tout moment. Photo : M. Guillon

Un hall d’immeuble délabré, le linteau soutenu par quatre étais en bois, quatre étages à grimper qui donnent sur des appartements condamnés… Nous voilà chez madame Setti Boutaiba, la dernière locataire du 8, rue de Bagnolet, déclaré insalubre en septembre 2009. Tous les autres ont été relogés ou ont réussi, par eux-mêmes, à trouver un nouveau toit.

Prise en charge par l’Espace Solidarité Habitat (ESH) de la fondation Abbé Pierre, madame Boutaiba a tout tenté. Elle a essayé de se faire entendre à la mairie du 20e arrondissement sous la précédente mandature, sans succès. En 2007, elle a écrit au maire de Paris, Bertrand Delanoë, et même au président de la République Nicolas Sarkozy. Mais rien n’y a fait. « Le nombre de demandes est encore très largement supérieures au nombre de logements disponibles », lui a-t-on répondu à l’Hôtel de ville. Du côté de l’Élysée, on a transféré sa requête à la Préfecture, sans suite. Madame Boutaiba reste jusqu’à ce jour oubliée des pouvoirs publics, incapables d’assumer leurs obligations.

Deux ans d’attente et toujours pas de relogement

Madame Boutaiba, 53 ans, habite là depuis 1999, avec son fils et son petit-fils. En 2004, elle a été hospitalisée en réanimation à deux reprises à cause d’une insuffisance respiratoire agravée par l’état de son appartement. Dans ce modeste 20m2, elle vit cernée par huit étais soutenant le plafond qui menace de s’écrouler. Les murs du logement déclaré insalubre en septembre 2009 sont recouverts de peinture au plomb (responsable de la maladie du saturnisme). Elle ne paye plus son loyer auprès de sa propriétaire qui a d’ailleurs tenté de la faire expulser, en vain.

Éligible à la loi sur le Droit au logement opposable (Dalo), elle obtient un avis favorable le 12 février 2008. Le 25 mars 2009, un tribunal statue qu’elle doit être relogée en urgence. Elle attend toujours que lui soit faite la proposition d’une habitation pour trois personnes.

La loi Dalo s’applique aux personnes n’ayant pas de logement mais également à ceux vivant dans ce qu’on appelle un habitat indigne. Le terme, devenu une réalité juridique depuis peu de temps, regroupe les logements déclarés insalubre ou en péril, qui constituent respectivement un risque pour la santé ou pour la sécurité.

L’objectif de la loi Dalo est de contraindre l’État à garantir un logement pour quiconque en fait la demande. Elle avait été votée juste avant les élections présidentielles de 2007, suite à l’opération de l’association des Enfants de Don Quichotte et la mise en place de tentes pour abriter des sans domicile fixe sur les bords du canal Saint-Martin.

Son Lucas Malterre

Photo Maxime Guillon