Le75020.fr a rencontré Boulet à l’occasion du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil.

Le dessinateur n'aime pas être pris en photo, alors le voici tel qu'il se représente. autoportrait par Boulet
Boulet est, en toute simplicité, un des plus grands blogueurs BD français, et pas seulement par la taille. Depuis 2004, le dessinateur se raconte deux à trois fois par semaine sur son blog (http://www.bouletcorp.com) ; se mettant en scène dans des histoires vaguement inspirées de la réalité. Gilles Roussel, alias Boulet ou encore Bouletto pour les intimes du blog, renvoie de prime abord deux images contradictoires de sa personne. Celle, d’une part, d’un type foncièrement gentil, qui ne veut pas déranger, qui ne veut pas déplaire, mais qui par ailleurs, ne se laisse pas faire et que l’on pourrait craindre de trop titiller. De son propre aveux, la frontière entre lui et son double virtuel est grande, une exagération telle qu’il n’a pas l’impression de se dessiner lui-même.
Le rigoureux improvisateur
La mine fertile, l’auteur continue d’alimenter son site internet tout en réalisant des albums papiers ; il participe à des œuvres collectives ou réalise ses propres séries comme Raghnarok, qui raconte les aventures parodiques d’un dragon et de ses amis et dont le tome 6 est sorti cette année. Boulet a aussi illustré le livre Erik Le Viking de l’ex-Monty Python Terry Jones, dont l’œuvre avait été adaptée au cinéma. Il a également participé à un ouvrage collectif, La Maison Close, album concept tiré d’une exposition pour le festival d’Angoulême. Enfin, le tome 4 de ses « Notes », qui sortent en version papier environ tous les six mois, devrait paraitre en avril. Sur son blog, Boulet livre deux à trois notes par semaine. Un rythme soutenu que lui permet sa méthode de travail autoalimentée. Il ne prépare que rarement ses bandes dessinées, il pose son crayon en haut à gauche de la page et l’en retire en bas à droite. Ce dessinateur prolifique dit travailler dans l’improvisation, ce qui ne signifie pas sans réfléchir. Le travail du blog est un peu celui du chroniqueur radio, il cherche l’inspiration dans le monde qui l’entoure, aux aguets, prêt à s’émerveiller des spectacles du quotidien pour extraire le fantastique d’une scène a priori banale. Boulet ne cherche pas à être universellement drôle. Pour les gags de ses histoires, il crée avec le lecteur une forme de connivence : « comme quand on se raconte des blagues dans un bistro. Pour le blog, c’est un peu pareil, dès que j’ai une idée, j’en fais une note, et le simple fait de la dessiner m’envoie vers un autre truc. » Le lecteur suit l’évolution des notes et prend alors un plaisir certain à le voir pousser le vice toujours plus loin. Ainsi, dans le premier tome des « Notes » (Born to be a Larve, Delcourt – collection Shampooing), l’adaptation de son blog version papier, il rappelle comment un plat de raclette laissé à l’abandon s’est mué au fil des histoires en une forme de vie inconnue et hostile.
Devant le succès de son blog, de nombreux éditeurs avaient depuis longtemps proposé à Boulet de publier ses « Notes », mais la démarche ne semblait pas évidente à l’artiste : « Le frein est que, quand on est dessinateur, quelques jours après avoir dessiné un album, on ne peut déjà plus le regarder, on trouve qu’on a fait plein d’erreurs et qu’on ne peut pas revenir dessus, alors quand on replonge dans du boulot qui a 5 ans et demi, c’est une horreur. J’avais envie de les redessiner, de les brûler, que personne ne les ait vus. » C’est pour cette raison qu’il a choisi de faire paraître ses « Notes » dans la collection Shampooing de Lewis Trondheim, blogueur lui aussi, et surtout « un copain » avec qui il pouvait entretenir un dialogue éditorial. Audacieux, il tente également de mettre son œuvre à l’épreuve d’autres publics. Ainsi, reprenant ses notes depuis le début, a-t-il lancé tout récemment son blog en version anglophone. La traduction est assurée par des lecteurs bénévoles.
Bien dans sa bulle
Boulet ne s’impose pas par la force, il cherche avant tout à être rigoureux, et c’est ce qui lui vaut le respect de ses fans. Hors de question, par exemple, de parler politique. Un sujet qui l’a passionné par le passé et qui le touche encore. « J’ai une approche de la politique très viscérale, instinctive, en fonction de ce que je vais lire ou voir. Mais je n’ai plus le temps. Pendant une période de ma vie, oui, j’ai été intéressé par la politique, quand j’avais 20 ans. Je lisais énormément les journaux, toujours à l’affût. Mais maintenant, je travaille entre 8 et 10 heures par jour sur la bande dessinée, donc je n’ai plus le temps. La vision que j’ai de l’actu provient de la presse, pour le peu que j’en lis, de la radio… Je n’ai pas la télé. » Exigeant avec lui-même, il ne se « risque jamais à exprimer [ses] opinions car elles sont extrêmement caricaturales, ce sont celles du neuneu qui regarde un immense paysage à travers un minuscule œilleton. Je ne me sens pas légitime dans le rôle du mec qui va aller dire voyez ce que je pense et pensez comme moi. Ça m’intéresserait, mais il faudrait que j’aie le temps de lire la presse trois heures par jour, écouter la radio, aller à des conférences, voir des documentaires… » Au contraire, Boulet se complaît dans l’imaginaire, où il ferait presque office de spécialiste. Paradoxalement, cette imagination lui permet d’appréhender avec entrain le domaine des sciences. « Ce regard naïf, que je déplorais, sur tout ce qui tient de la politique est un regard que j’aime beaucoup avoir en science. (…) C’est presque de la magie parce que les types qui t’expliquent qu’ils sont capables de casser un atome, un truc invisible à l’œil nu, et qu’ils sont capables de faire des particules élémentaires qui vont dévier des isotopes radioactifs. Il n’y a aucun des termes que tu comprends, ils diraient « on va envoyer des ondes magiques dans de l’esprit d’Alcali pour faire surgir l’esprit du feu », ça ferait exactement pareil. »

L'Entrepot's, bar au coin des rues Ménilmontant et Sorbier, a eu les honneurs de la première page de "Born to be a larve", le tome 1 des "Notes"
Les spectacles quotidiens du 20e arrondissement
Depuis son arrivée à Paris il y a 6 ans, cet esprit naïf s’épanouit dans le 20e arrondissement. Il a d’abord vécu dans un studio rue des Pyrénées, puis s’est mis en collocation du côté de Ménilmontant. Son colocataire parti, Boulet a décidé de transformer une pièce de son appartement en un atelier dans lequel il accueille de temps en temps des invités désireux de travailler sur Paris. S’il ne participe pas trop à la vie du 20e arrondissement, sa vie dans le quartier influence son travail. Le métro ou le bar l’Entrepot’s sont souvent les théâtres de ses histoires. D’ailleurs, la première note du tome 1 représente ce coin de rue.

L'église Notre-Dame-de-la-Croix à Ménilmontant, imaginée par Boulet dans un monde post apocalyptique.
Il apprécie aussi le bar Lou Pascalou (rue des Panoyaux) ou la salle de concert de la Maroquinerie (rue Boyer). En tant que dessinateur et auteur, il fréquente régulièrement Le Monte en l’air, un magasin de BD (rue des Panoyaux également) « excellent pour les œuvres indépendantes » et où il dédicace régulièrement ses oeuvres. Enfin, l’amateur des spectacles du quotidien raconte qu’il aime aller au Baroc’ (rue Sambre et Meuse dans le 10e), tous les deuxièmes mercredis du mois, pour assister à une réunion de joueurs de ukulélé (un instrument à corde traditionnel hawaïen). Parce qu’il apprécie le « côté convivial » du ukuléliste.
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Retrouvez l’intégralité de notre entretien avec le BD blogueur Boulet




















[...] un site d’infos sur le 20e arrondissement parisien, a interviewé Boulet, blogueur star et dessinateur de Raghnarok ou Donjon Zénith. Oui, parce que l’auteur [...]