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« Some explicit Polaroïds » : du porno trash relatif mais efficace

le 75020 .fr, journal web du 20eme arrondissement | Ecrit par elheureux on fév 7th, 2010 | Rubrique: Théâtre. | Fil information du 20eme arrondissement par le flux RSS 2.0. du 75020 .fr

Pierre Gramont campe parfaitement la grande folle en mal de vivre. Photo : DR

Pierre Gramont campe parfaitement la grande folle en mal de vivre. Photo : DR

Après l’alléchant Shopping and fucking, Mark Ravenhill réitère dans le genre avec Some explicit Polaroïds, fresque d’une société post-moderne en mal d’idéologie. Du théâtre qui se veut trash, campé par des personnages excentriques dans un décor minimaliste.

Fun et excès

Some explicit Polaroids, c’est l’histoire d’une sortie de prison, celle d’un homme qui ne se retrouve plus dans la société qu’il a quittée 15 ans plus tôt. Nick, l’anti-héros, a été incarcéré en 1984 pour avoir enlevé et torturé un patron. Ses idées anticapitalistes post soixante-huitardes ne l’ont pas quitté durant sa détention. Remis en liberté en 1999, il se retrouve propulsé dans une société dont il ne peut que déplorer le manque d’idéologie et l’absence de passion politique. Une société individualiste où tout n’est que fun et excès.

Au long de son parcours, Nick fait des rencontres qui vont lui permettre, ou non, de réapprendre à vivre dans une société transformée. Il va ainsi retrouver la complice de ses méfaits passés, ex-anarchiste finalement reconvertie en politique. Puis faire la connaissance d’un couple gay cocaïnomane et d’une prostituée attachante, et retrouver Jonathan, le patron torturé, personnage omniprésent qui suit durant toute la pièce l’évolution de Nick, non sans ironie.

A Gauche, Nick, l'ancien taulard interprété par Arno Feffer ; derrière lui Erwan Daouphars, époustouflant dans son rôle de toy boy des pays de l'est ; à droite, Pierre Gramont, également remarquable dans son rôle de grande folle cynique. Photo : DR

A Gauche, Nick, l'ancien taulard interprété par Arno Feffer ; derrière lui Erwan Daouphars, époustouflant dans son rôle de toy boy des pays de l'est ; à droite, Pierre Gramont, également remarquable dans son rôle de grande folle cynique. Photo : DR

Plaisir ou bonheur

Le décor est minimaliste et insolite, entre échafaudage et bordure de piscine. Ce terrain de jeu permet pourtant aux comédiens d’exploiter au mieux l’espace. Tantôt utilisé comme intérieur d’appartement, tantôt comme rue ou cour d’immeuble. Les personnages, certes caricaturaux, usent de tous les artifices possibles pour être trash et explicites : les homosexuels cocaïnomanes se droguent torse nu en dansant, la prostituée se retrouve nue et effectue une lap dance… Malgré tout, les personnages sont remarquables et nous offrent une présence efficace. Mention spéciale à Erwan Daouphars, particulièrement drôle et touchant dans son interprétation du gigolo russe .

Au final et malgré un trash à la fois caricatural et relatif, la pièce réussit donc le pari difficile d’allier réflexion et drôlerie, à l’image du couple homosexuel avec lequel Nick fait connaissance, qui a le don de susciter le rire autant que l’émotion. Avec humour et cynisme, la mise en scène évoque sans détour les travers de notre société post moderne, où le divertissement remplace l’idéologie, où le plaisir de l’instant remplace toute question existentielle.

La morale de l’histoire est évidente, empreinte d’un certain désarroi : si l’amusement est la recette facile du plaisir, il est loin d’être celle du bonheur. A aller voir avec un certain recul, pourvu que les âmes ne soient pas trop sensibles.

Elisa Lheureux

Some explicit Polaroïds, de Mark Ravenhill.
Mise en scène de Patrick Verschueren. Adaptation par Gérard Dallez
Avec Erwan Daouphars, Arno Feffer, Pierre Grammont, Carole Leblanc, Patrice Pujol et Johanne Thibaut.

Au Vingtième théâtre jusqu’au 28 février,
du mercredi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h.
Réservations par téléphone

75020 Paris, France

Le Vingtième théâtre – 7 rue des Plâtrières, 75020 Paris

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