Le fameux roman de George Orwell méritait bien une adaptation théâtrale. Bien que l’exercice soit périlleux, on peut affirmer que la mise en scène d’Alan Lyddiard a relevé le défi. Dès les premiers instants, une impression de malaise digne de celle du roman s’installe. Une atmosphère à la fois suffocante et angoissante dans laquelle on se sent constamment épié et surveillé.
La pièce allie admirablement théâtre, projection vidéo et science fiction. Photo : DR
La pièce allie admirablement théâtre et projection vidéo, réel et virtuel, faisant même se mêler les deux : des écrans géants modulables retranscrivent via des films réalisés pour l’occasion la vie des personnages entre les différentes scènes. Ils permettent également de faire office de « télécrans » renforçant les sentiments de paranoïa et de terreur omniprésents de Winston Smith, le héros.
Réfractaire au Parti
Ce dernier, interprété par Sébastien Jeannerot, apparaît dès le début de la pièce comme réfractaire au Parti et à Big Brother : il vit dans la terreur d’être surveillé, et le spectateur se sent immédiatement proche de lui et de la peur qu’il éprouve à chaque instant. En se cachant du télécran afin d’écrire son journal intime, il enfreint dès le début les règles du Parti. Il brave encore plus le danger en rencontrant Julia et en laissant une romance se nouer, dans une société ou l’amour entre les membres du Parti est déjà un signe de rébellion.
Sur scène, les personnages sont peu nombreux : Smith, Julia, mais aussi O’Brien, alias Jean Terensier, qui joue parfaitement son rôle de tyran et de sadique membre du Parti, ou encore Syme, l’effrayant collègue de Winston ; mais ils portent remarquablement la pièce, grâce à des caractères hauts en couleurs dans des décors pourtant sombres et gris, imaginés par le scénographe Neil Murray.
De même, si le décor évolue peu au cours de la pièce, les changements de rythme induits par le déplacement des grands écrans permettent de suivre le va-et-vient inquiétant des personnages.
Anxiogène
Certes, la pièce est anxiogène, mais elle retranscrit bien l’angoisse palpable du roman d’Orwell. Deux petits bémols cependant : il vaut mieux connaître le roman avant de voir la pièce, qui peut sembler difficilement compréhensible pour les amateurs ; enfin, les scènes de fin, point d’orgue de la pièce, sont assez dures, particulièrement pour les plus jeunes.
Jusqu’au 23 décembre 2009
Du jeudi au samedi à 21h, les dimanches à 18h30
Théâtre de Ménilmontant
15 rue du Retrait, 75020, Paris (M° Gambetta, Ménilmontant ou Jourdain)
Location : 01 46 36 98 60 ou resa@menilmontant.info
Site :
http://s244127508.onlinehome.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=25&Itemid=33
Winston Smith, dans l'angoisse des "télécrans". Photo : DR


















J’ai vu cette pièce le samedi 21 novembre. Je n’étais jamais retourné au théâtre depuis 1987 (Jeanne Moreau dans « Le récit de la servante Zerline » de Hermann Broch au Théâtre de l’Atelier). Même si je ne suis pas expert, je conseille d’aller applaudir « 1984″ et le talentueux Sébastien Jeannerot (il ira loin au théâtre et peut-être même au cinéma…). Cette adaptation est futuriste, d’avant-garde!!!