La belle «Affaire d’un printemps» au Théâtre de Ménilmontant
Qui n’a jamais rêvé de s’installer au volant d’une machine à voyager dans le temps pour retourner voir comment cela se passait jadis ? C’est une part de ce fantasme que réalise le Théâtre de Ménilmontant pour ses spectateurs avec L’Affaire d’un printemps et sa galerie de 56 personnages.
La pièce de Martial Bléger et Hervé Masnyou dépeint les trois mois, un peu irréels, de la Commune de Paris, dont le 20e arrondissement fut un des hauts lieux, de mars à mai 1871. La Commune est racontée ici à travers une enquête policière. Une histoire pour nous faire « vivre » l’Histoire.
Orianne, jeune bourgeoise et sympathisante des communards, disparaît. Le commissaire Dessourcet va mener l’enquête… 20 ans plus tard, le journaliste communard Maxime Delettre du Cri du Peuple, rend visite à une femme, qu’il pense être Orianne, internée dans un hôpital psychiatrique.
Il lui lit les notes du commissaire Dessourcet espérant la faire sortir de son mutisme. La pièce suit ainsi la trame d’une succession de flashbacks, qui emmène le spectateur au coeur des événements de la Commune.
C’est donc à travers les notes du commissaire qu’on suit les espoirs, les doutes et la fin tragique de ces petites gens qui luttent pour ce qu’ils estiment être la justice sociale. La galerie de personnages est haute en couleurs, servie par des dialogues ciselés et gouailleurs, et une interprétation par 22 comédiens presque tous amateurs, mais confirmés et crédibles.
La diversité des personnages permet une variation des points de vue : des communards bien sûr, mais aussi des bourgeois ou des grands bourgeois, relativement déconnectés de la réalité qui les entoure, et qui regardent « les événements » d’un oeil un peu méprisant. Il y a aussi le commissaire, fonctionnaire de police, qui se rallie progressivement à la cause de ces idéalistes, et les curés, abasourdis par cette déferlante « rouge » et anti-cléricale.
La finesse des dialogues, du scénario, et de l’interprétation fait de L’Affaire d’un printemps une fresque attrayante et accessible même aux non-amateurs de théâtre ou d’Histoire.
Hervé Masnyou est co-auteur et metteur en scène de la pièce L’Affaire d’un printemps
Le75020.fr : Pourquoi avoir décidé de parler de la Commune ?
Hervé Masnyou : C’est une époque de l’Histoire méconnue. Pourtant, elle est d’une grande importance historique. C’est un des premiers exemples de répression à grande échelle. C’est aussi l’histoire d’un gouvernement populaire composé de gens qui n’étaient pas des professionnels de la politique. A ce point là, c’est sûrement unique.
Pourquoi choisir le flashback et l’enquête policière comme moyens de raconter l’histoire ?
H. M. : Le but était de faire connaître cette histoire sans être trop didactique. Le meilleur moyen s’était d’inventer une fiction à l’intérieur de la grande Histoire, avec des temps évoquant la Commune en toile de fond, pour comprendre. On voulait également avoir un regard contemporain dessus.
Cette histoire de deux mois et demi a des prolongements au cours de la IIIe République et pendant le XXe siècle. Il fallait la décloisonner, ne pas l’enfermer dans une commémoration historique. Le flashback permet d’éviter cet enfermement et d’amorcer la réflexion sur l’après.
Pourquoi Orianne est-elle toujours présente sur scène ?
H. M. : Comme c’est celle qui a disparu, d’un point de vue scénique, c’était intéressant que le personnage dont tout le monde parle soit là. En écoutant la scène que Maxime lui raconte, on la voit écouter en regardant, c’est un personnage présent mais que les autres ne voient pas, bien entendu.
Vos personnages sont-ils historiques ?
H. M. : Non. Si on avait pris des personnages historiques il aurait fallu être très juste, sur les lieux et les rencontres. C’est très contraignant du point de vue de la fiction. A travers le journaliste Maxime, on peut reconnaitre Jules Vallès. A travers Elisabeth, Louise Michel qui était institutrice comme elle. Quand le préfet communard Emile Duval fait son discours, c’est un discours historique. A part ça, tout est inventé.
Jouer cette pièce dans le 20e ne paraît pas être une coïncidence vu le thème…
H. M. : La Commune s’est terminé dans le 20e, rue Ramponeau. On dit que la dernière barricade était rue Haxo. On fait revivre le patrimoine historique local.
L’Affaire d’un printemps, d’Hervé Masnyou et Martial Bléger
au Théâtre de Ménilmontant 15, rue du Retrait, 75020 Paris
Pièce mise en scène par Hervé Masnyou,
avec Frédérick 2 Barro, Benoit Bidaut, Gérard Blancheteau, Geoffroy Boucher, Philippe Briouse, Boubeker Chettab, Olivia Chevalier, Claudie Decultis, Frédérique Dumont, Xavier Fahy, Zoé Gebauer, Martine Grinberg, William Guillaume, Jean Claude Kraemer, Annie Massol, Brice Ledoyen, Olivier Pasquier, Judith Perillat, Mathilde Petit, Vincent Pezon, Marie Noëlle Pigeau, Eulalie Poirier, Stéphane Rouabah, Grégory Thieblin.
Prochaines représentations
En juillet :
– Vendredi 23 et samedi 24 à 20h30,
– Dimanche 25 à 16h.
En septembre :
– Mardi 14, mercredi 15, jeudi 16, vendredi 17 et samedi 18 à 20h30
– Dimanche 19 à 16h.
Tarifs : entre 15 et 21 euros
Réservations : 01 46 36 98 60













