« Les Justes » à La Colline

Emmanuelle Béart est convaincante dans le rôle de Dora, jeune femme dont la soif de justice n'entrave pas les sentiments. Photo : Élisabeth Carecchio
« La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. » Ces mots de Pascal résume la question centrale de la pièce d’Albert Camus. Avec Les Justes - que le théâtre de La Colline accueille jusqu’au 23 avril -, l’auteur met en scène cette interrogation : la lutte en faveur d’un monde meilleur donne-t-elle tous les droits ? Autrement dit, la fin justifie-t-elle les moyens ?

Publié en 1949, "Les Justes" se rapproche de l'œuvre de Jean-Paul Sartre "Les Mains sales", parue un an avant. Photo : Élisabeth Carecchio
Emmanuelle Béart éprise de justice
Pour l’illustrer, Camus s’inspire d’événements réels remontant à 1905. Un groupe de révolutionnaires socialistes avaient alors préparé un attentat pour éliminer le grand-duc Serge et mettre fin à son règne despotique. Parmi eux : Ivan Kaliayev (Vincent Dissez), héros en quête d’idéal farouchement attaché à ses principes, Stepan Fedorov (Wajdi Mouawad), qui trouve dans la révolution un exutoire pour sa haine, et Dora Doulebov (Emmanuelle Béart), éprise d’une justice qui n’aveugle pas son amour pour la vie.
L’opposition entre Ivan et Stepan est exacerbée après que le premier a renoncé au dernier moment à jeter sa bombe sur le grand-duc. Pour cause : des enfants accompagnaient le tyran dans le cortège. Se noue alors une vive discussion entre les protagonistes. Faut-il donner raison à Ivan ?
Manque de souffle
Proche du texte, la mise en scène de Stanislas Nordey a toutefois du mal à lui imprimer un souffle vital - un manque amèrement souligné par la durée de la pièce (2h35). Quelques passages redonnent un peu de rythme à l’ensemble. Comme la détonation fulgurante de la bombe et l’arrivée d’Ivan en prison. Son codétenu (Raoul Fernandez) et le chef de la police (Laurent Sauvage) apportent alors une touche d’humour inattendue mais rafraichissante. Dommage que cette note de singularité arrive si tard.
Les Justes au théâtre de La Colline jusqu’au 23 avril
Mise en scène de Stanislas Nordey
avec Emmanuelle Béart, Vincent Dissez, Raoul Fernandez, Damien Gabriac, Frédéric Leidgens, Wajdi Mouawad, Véronique Nordey, Laurent Sauvage
Grand Théâtre
Du mercredi au samedi à 20h30, le mardi à 19h30 et le dimanche à 15h30
Tarifs : de 8 à 27 €










