« Est-ce que le monde sait qu’il me parle ? », une scène réflexion sur notre environnement

Avant de s'installer dans le 20e, la compagnie Ktha est passé par le Chili et par Mantes-la-Jolie (où la photo a été prise). Photo : DR

Avant de s'installer dans le 20e, la compagnie Ktha est passé par le Chili et par Mantes-la-Jolie (où la photo a été prise). Photo : DR

Un container de marchandises, un vidéo-projecteur, deux acteurs, trente-deux spectateurs et cent poupées… Voilà les ingrédients d’une pièce pour le moins originale et surprenante présentée par la compagnie Ktha dans le cadre du festival Re : Media à la galerie Confluences (190, boulevard de Charonne), jusqu’au 28 mars 2010.

Est-ce que le monde sait qu’il me parle ? présente un inventaire des injonctions et des sollicitations que nous impose au quotidien le monde qui nous entoure. « Ils me disent…  cher client ; cher concitoyen ; veuillez agréer ; êtes vous sûr de vouloir supprimer cet élément ? êtes-vous toujours à la recherche d’un emploi ? mangez cinq fruits et légumes par jour… à toi aussi ils te le disent ? ». Publicités, signalétiques urbaines, messages automatiques d’ordinateurs, lettres administratives, bulletins météos… Autant de messages impersonnels s’adressant à chacun et à personne en particulier qui donnent à réfléchir sur notre environnement aussi moderne qu’artificiel.

Ne quittant quasiment jamais les spectateurs des yeux, les deux comédiens (Laetitia Lafforgue et Guillaume Lucas) maîtrisent un texte dont on imagine la difficulté à le mémoriser, sans histoire ni personnage auxquels se raccrocher.

Tout autant que le texte questionne, la scène intrigue. Le container de marchandises, posé à même le trottoir sur le boulevard de Charonne, est un concept en soi tout en étant pertinent par rapport au message de la pièce. « Nous laissons à chacun la liberté d’interpréter, de voir ce qu’il veut voir. D’ailleurs entre nous (les deux acteurs et les deux metteurs en scène), nous avons chacun notre vision de la pièce », explique Nicolas Vercken, metteur en scène de la pièce avec Lear Packer. « Même les personnages laissent l’interprétation libre. Sont-ils bien là ? L’un est-il le fruit de l’imagination de l’autre ? La question reste ouverte. »

Pendant une dizaine de minutes au début de la pièce, Laetitia Lafforgue et Guillaume Lucas restent silencieux et fixent les spectateurs. Laissant le temps au public de s’acclimater aux bruits de la rue et d’oublier qu’ils sont dans un container. « Parfois certaines personnes demandent si elles doivent dire quelque chose pour que la pièce commence », s’amuse Nicolas Vercken. « C’est un autre genre de théâtre, mais c’est du théâtre quand même. Nous changeons les codes en établissant une nouvelle convention entre le public et les artistes, mais il y a toujours une scène, des acteurs et un public. »

Et les cent poupées dans tout ça ? Absentes au début de la pièce, elles font leur apparition de manière surprenante et occupent peu à peu la scène jusqu’à la saturer. Sans visage, elles ne se distinguent que par leur taille (de 8cm à 1m90). On pense aux clandestins qui passent les frontières, cachés au milieu des containers de marchandises dont la circulation est plus libre que celle des hommes. A la réflexion, nous sommes peut-être ces poupées anonymes et sans vies. Des avatars déshumanisés que nous exposons au monde extérieur pour nous en protéger.

Est-ce que le monde sait qu’il me parle ?,
à Confluences jusqu’au 28 mars

Du mercredi au vendredi à 20h00, samedis et dimanches à 17h et 19h

Le site internet de la compagnie Ktha

75020 Paris, France

Galerie Confluences, 190, boulevard de Charonne, 75020 Paris