Bruno Boudjelal, photographe des joies et des peines algériennes au Carré de Baudouin
Comme l’était Willy Ronis, Bruno Boudjelal est un photographe du quotidien. Mais d’un autre quotidien que celui de feu l’auteur des Gamins de Belleville. A travers l’exposition « Jours intranquilles », que lui consacre jusqu’au 14 novembre le Pavillon Carré de Baudouin, il dévoile une œuvre qui mêle son itinéraire personnel et l’histoire récente de l’Algérie, de 1993 à 2003.
Français de père algérien, Bruno Boudjelal a dû surmonter la volonté de son géniteur d’oublier ses origines pour pouvoir faire la connaissance de ses grands-parents, oncles, tantes et cousins. Et c’est avec une émotion non dissimulée qu’il raconte cette histoire, l’histoire de ses photos, de ses racines, lors du discours inaugural de l’événement.
Euphémisme
On y découvre sa difficulté à faire sortir son père de son mutisme et à le pousser à rebâtir les ponts qu’il avait coupés. On entend surtout son désarroi – une fois arrivé sur place avec pour seule indication le lieu de naissance de son géniteur – face à un pays plongé dans la violence. « Jours intranquilles » est d’ailleurs un euphémisme. Il traduit la peur au ventre engendrée par la fréquence des attentats, les sursauts au moindre bruit, l’angoisse de voir ses proches quitter la maison.

Bruno Boudjelal, présent lors de l'inauguration, débattra de son travail à la bibliothèque Couronnes le vendredi 2 octobre à 18h30. Photo : Janos Kaldi
Photographier l’absence
Pourtant, c’est dans ce contexte que le photographe renoue avec sa famille et vit ses plus belles histoires d’amitié. Malgré la brutalité ambiante, il parvient à célébrer avec joie ces retrouvailles, à rattraper le temps perdu. Quelques parenthèses de bonheur au milieu d’un trop long chapitre d’atrocités.
Pris en tenailles entre le terrorisme et un État corrompu, les Algériens restent impuissants devant une surenchère de violence. Torture, disparitions, massacres… les photographies de Bruno Boudjelal témoignent indirectement de ces atrocités. L’une d’elles, prise en 2002 à Benthala, où plus de quatre cents personnes furent massacrées en 1997, évoque l’absence. Dans une petite pièce, une télévision est allumée, deux chaussures d’enfant sont égarées sur le sol.
Jours intranquilles – Chroniques algériennes d’un retour, Bruno Boudjelal
Pavillon Carré de Baudouin, 119-121, rue de Ménilmontant, 75020 Paris
Jusqu’au 14 novembre 2009
Du mardi au samedi de 11h à 18h
Entrée libre
Pavillon Carré de Baudouin, 119-121, rue de Ménilmontant 75020 Paris |












