Au Lou Pascalou, une expo photo pour les sans-papiers de Multipro Ménilmontant
Jusqu’à la fin du mois de juin, le bar Lou Pascalou situé rue des Panoyaux, accueille une exposition de photos des travailleurs sans-papiers de Multipro Ménilmontant, en grève depuis le 23 octobre 2009. Les clichés sont l’oeuvre de Max Venite. Le mercredi 2 juin 2010, le photographe était sur place pour présenter son travail mis en scène dans un diaporama sonore (ci-dessous) diffusé dans le cadre du festival de courts métrages Les Courts du Lou.

Sur cette photo de Max Venite exposée au Lou Pascalou, une partie des grévistes pose devant l'agence Multipro de Ménilmontant.
« Je passe devant Multipro en allant travailler. Je les ai vu plusieurs fois avec leur piquet de grève. Comme je m’intéresse aux gens, j’ai voulu mettre leur combat à la vue de tous », explique Max Venite. « Je veux sensibiliser l’opinion, et rendre leur dignité et leur humanité à ces sans-papiers ». Le choix du Lou Pascalou a été une évidence pour lui qui habite le quartier : « C’est un bar ou je capte des scènes de vies. Ici, toutes les catégories sociales se croisent. Je voulais leur montrer la vie des sans-papiers. » Toutes les photos présentées sont à vendre, les recettes seront reversés au comité de soutien au travailleurs sans-papiers en grève du 20e arrondissement.
« Ils ont sortis des couteaux »
Le référent syndical des grévistes, Sébastien Chatillon de Solidaires, et deux des sans-papiers en grève étaient venus voir l’exposition ce soir là. Il y a le discret Bakary qui, caché derrière son Coca, sourit mais ne parle pas trop. Beaucoup plus loquace, Gary, un malien de 30 ans qui a travaillé pendant 4 ans avec Multipro. « On travaillait de 35h à 50h par semaine pour 1000 euros/mois. Le travail était dur. On portait des gravas ou nous étions derrière le marteau-piqueur toute la journée », raconte-t-il.
Ce qu’ils demandent depuis des mois : le fameux Cerfa, première étape vers une régularisation. Problème, le patron de Multipro nie les avoir fait travailler et refuse de leur délivrer le document. Les manifestations pacifiques et les tentatives d’occupation des autres agences de Multipro, notamment celle du boulevard Voltaire, ont donné lieu à plusieurs altercations. L’un de nos journalistes avaient été violemment pris à parti.
La violence et les menaces ont obligé les grévistes à changer de stratégie mais n’ont pas entamé leur détermination. « On est pas là pour se battre, on va arrêter car ils ont sorti des couteaux la dernière fois. On peut pas laisser faire de mal à Sébastien », explique Gary.
« On a commencé la lutte ensemble, on la terminera ensemble »
En travaillant pour Adecco, Gary a finalement obtenu un Cerfa. Ils sont neuf dans ce cas sur la trentaine de grévistes. Pourquoi continuer à lutter alors ? « On n’ira pas déposer de demande de régularisation tant que nos copains n’auront pas obtenu leur Cerfa. On a commencé la lutte ensemble, on la terminera ensemble », répond Gary. De quoi donner tout son sens à cette phrase de l’écrivain québécoise, Madeleine Ferron : « Ce n’est pas la victoire qui rend l’homme beau, c’est le combat. »











