«Carlos» : un biopic bien calibré au MK2 Gambetta
Personnage considéré comme l’un des plus importants terroristes du XXe siècle, Carlos est l’objet du dernier long-métrage d’Olivier Assayas. Carlos, présenté hors compétition à Cannes et diffusé en plusieurs épisodes sur Canal Plus, a été raccourci (5h de film à l’origine) pour permettre sa diffusion au cinéma. Les 2h45 restantes ne laissent pas de place à l’ennui face à l’histoire passionnante d’un personnage au cœur de l’Histoire moderne.

A la sortie de l'avion, sur le tarmac de l'aéroport d'Alger. Photo : Jean-Claude Moireau/Film en Stock/Canal+
Carlos, tueur froid
Olivier Assayas montre un Carlos sans concession dans l’action, qu’il accompagne d’un rock puissant dans ses accès de violence. Tueur froid qui n’hésite pas à tirer, comme c’est le cas durant la prise d’otage des ministres de l’OPEP à Vienne, en décembre 1975. Extrême violence toujours, lors du meurtre de deux policiers de la DST et de leur informateur, rue Toulier. Ces deux affaires sont le sommet du personnage de Carlos terroriste. Le spectateur navigue en permanence entre le portrait psychologique d’un homme déterminé et la fresque politico-historique. De l’enrôlement de Carlos en 1973 dans le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), jusqu’à son arrestation au Soudan en 1994.

Carlos, interprété par Edgar Ramirez, lors de la prise d'otages des ministres du pétrole à Vienne. Photo : Jean-Claude Moireau/Film en Stock/Canal+
Exaspéré par sa mégalomanie et son incapacité à suivre les ordres, Waddie Haddad le responsable militaire du FPLP évince Carlos de l’organisation. Haddad meurt en RDA d’une leucémie, officiellement. Le film montre à travers un dialogue entre deux personnages, que c’est peut être le Mossad, les services secrets israéliens, qui seraient derrière cette mort subite, provoquée par empoisonnement. Olivier Assayas fait ainsi habilement référence aux versions officielles et officieuses des faits tout au long du film. Les liens entre terrorisme et raison d’Etat sont moins évidents que dans la version longue mais toujours présents.
Séducteur, attiré par l’argent et l’alcool… On assiste dans la dernière heure du film à la déchéance d’un Carlos traqué au Soudan par le général Philippe Rondot. Le terroriste qui a perdu de sa superbe, participe à des fêtes arrosées au whisky, sa boisson préférée. Tout au long du film, les bouteilles de Johnny Walker sont d’ailleurs reconnaissables, une drôle de publicité pour la marque…

Sans être passionnant, le film parvient à capter l'attention du spectateur durant ses 2h45. Photo : Jean-Claude Moireau/Film en Stock/Canal+
Edgar Ramirez, magistral
La réalisation du film s’approche du docu-fiction. Chacun des protagonistes du film parle dans sa langue, imprimant à chaque scène un réalisme saisissant. Il faut par ailleurs reconnaître à Olivier Assayas, un certain courage, celui de s’être lancé dans le récit d’une histoire compliquée et douloureuse, sans le moindre nom connu au casting de son film.
S’il n’est pas célèbre, l’interprète du Chacal, Edgar Ramirez est magistral. Ce qui n’a pas empêché Carlos, emprisonné à perpétuité à la prison de Poissy pour le meurtre de la rue Toulier, de critiquer un film qu’il qualifie, dans une lettre envoyée à l’acteur, d’« œuvre de propagande contre-révolutionnaire diffamant le plus connu des Ramirez ». Lui évidemment, et pas l’excellent acteur qui interprète son rôle.
Carlos au MK2 Gambetta tous les jours à 13h50, 17h15 et 20h30. Séance supplémentaire mercredi, samedi et dimanche à 10h40.
> Un extrait du film qui montre bien la détermination du terroriste :










