«Tournée» : la critique de Juliette Dragon

Parmi les personnages du film, on retrouve Mimi Le Meaux, qui était à l'affiche du premier Paris Bulesque Festival, en octobre 2009. Photo : Le Pacte
À l’occasion de la sortie du dernier film de Mathieu Amalric, Tournée, récompensé à Cannes pour la mise en scène, le75020.fr a demandé à Juliette Dragon, fondatrice du Cabaret des Filles de Joies et danseuse de New Burlesque, ce qu’elle en a pensé.
Tournée retrace l’épopée d’une troupe américaine de New Burlesque, se produisant dans plusieurs villes en France. Quelles ont été vos premières impressions sur le film ?
Je l’ai trouvé à la fois réaliste et triste.
Réaliste, parce que Mathieu Amalric montre bien ce qu’est le New Burlesque. Un spectacle de femmes pour les femmes. C’est un visage de la féminité qu’on avait oublié, un visage explosif et éclatant. Mais nous ne sommes pas pour autant des objets sexuels. On est pas là pour te faire bander. M. Amalric le montre bien dans son film.
Le côté triste on le ressent avec le personnage de Mimi Le Meaux. Elle se rend compte qu’elle vieillit et qu’elle ne veut pas faire du strip-tease toute sa vie. Mais aussi avec le producteur de la troupe, Joachim Zand, joué par Mathieu Amalric. Dans le film c’est un loser, que je ne trouve pas particulièrement sympathique. C’est dommage qu’il ait choisi un ton mélancolique, alors qu’il aurait pu prendre un parti plus second degré.
Vous êtes-vous retrouvée dans le film ?
Oui. Sur la galère de trouver des salles dans Paris, sur les spectacles, qui existent réellement. Par exemple, la scène où les femmes fabriquent les dernières retouches sur leurs costumes dans le train… Tout ça on connaît. Mais aussi sur leur rapport à leurs propres corps. Mimi le Meaux dit très justement dans le film : « il faut du temps pour aimer son corps. »
Et puis, ce sont des femmes que je connais. J’ai eu la chance de les voir sur scène à Nantes où elles étaient en résidence. J’ai rencontré entre autres Kitten on the Keys et Dirty Martini, qui sont deux bombes sur scène. Ce sont toutes les deux des artistes confirmées dans leur domaines : Kitten on the Keys dans le chant et le piano, et Dirty Martini dans la danse classique. Mimi Le Meaux, elle n’a pas tous ça, mais elle a un charisme hors norme. Elle a un sourire qui ferait quitter père et mère. Finalement, on voit bien avec elle, que la technique n’est que 30% du travail de la scène. Les 70% autres c’est le charisme et la générosité.
Mais je n’ai pas trouvé le rôle du producteur très crédible. On ne le voit pratiquement pas faire son travail de producteur et pourtant il arrive à remplir les salles. On ne voit pas aussi le rapport de la troupe avec son public. On ne comprend pas trop bien aussi où Mathieu Amalric veut en venir. Certains passages relèvent du docu-fiction et d’autres sont surréalistes. On est un peu entre deux eaux.
Une dernière recommandation ?
C’est un film qu’il faut aller voir, parce qu’il représente bien ce qu’est le New Burlesque et ça fait du bien en temps de crise. J’espère que ce film suscitera l’intérêt des gens à venir voir des spectacles live.
Tournée de Mathieu Amalric (1h51), sortie le 30 juin 2010
Au MK2 Gambetta, tous les jours à 10h40 (sauf lundi et mardi) 13h05, 15h20, 17h35, 19h50 et 22h05.
Avec Mathieu Amalric, Miranda Colclasure, Suzanne Ramsey et Linda Maracini.












