« Robin des bois », Ridley Scott rate sa cible au Mk2 Gambetta

En contrepoint du mythe, Russell Crowe incarne un Robin des bois devenu héros malgré lui. Photo : Universal Pictures International France
Loin de se résumer à un réalisateur de blockbusters, Ridley Scott a su donner ses lettres de noblesse à un cinéma populaire et exigeant. Pour ne citer qu’eux, Alien, Blade Runner ou encore Thelma et Louise conciliaient qualité et divertissement sans en faire des tonnes. Après un léger passage à vide dans les années 90, Ridley Scott a semblé trouver en Russell Crowe le Di Caprio qui a redonné de la vigueur au génie de Scorsese.
Gladiator, sorti en 2000 offrait un lifting au péplum comme à la popularité de Ridley Scott et permettait in fine à Russell Crowe d’atteindre le statut d’acteur bankable en raflant un oscar. Depuis, le couple Crowe/Scott poursuit sa collaboration avec plus ou moins de bonheur. Et à chaque apparition du duo, une question nous taraude forcément : vont-ils égaler le coup de maître de Gladiator ?

La romance est au rendez-vous à travers la figure de Lady Marianne, campée par Cate Blanchett. Photo : Universal Pictures International France
Robin des bois arriviste
Afin d’insuffler un peu de nouveauté au mythe de Robin de Bois, Ridley Scott attaque l’histoire du justicier sous l’angle du prequel. L’entrée en matière se fait sur fond de guerre de cent ans mêlée au difficile redressement des finances de l’Angleterre, ruinée après les croisades du Roi Richard. Le shérif de Nottingham et la forêt de Sherwood ont tout juste droit de cité. La romance de rigueur reste au rendez-vous avec Lady Marianne, à qui Cate Blanchett prête sa beauté diaphane et intemporelle.
L’idée d’introduire Robin de Bois comme un arriviste plutôt qu’un justicier est plutôt rafraîchissante. Russell Crowe s’en sort avec les honneurs, prêtant sa mine désabusé à un homme qui se voit devenir héros malgré lui.
Loin d’être noble, le futur Robin des bois est ici un archer du roi usurpant l’identité de Robert de Loxley afin de rejoindre, non sans risque, son Angleterre natale. Cette nouvelle approche de la légende séduit en premier lieu. Puis les choses se gâtent lorsque Ridley Scott met sur le tapis un flash-back un peu grotesque où notre Robin se remémore la mort tragique de son père, ce héros dont il devra poursuivre le combat. Le prince Jean a beau essayer d’être aussi pervers et malheureux que le sublime Commode que jouait Joaquin Phoenix dans Gladiator, pour le spectateur, l’aventure commence à devenir lourdingue.
Une réalisation expédiée
Malheureusement, ce Robin des bois évoque plus souvent dans sa réalisation Kingdom of Heaven – épopée sur les croisades non dénuée de qualités mais un brin laborieuse sortie en 2005 – que Gladiator, dont la recette testostérone-tragédie faisait un film certes outrancier, mais tout à fait jouissif. Perdu dans son imbrication de querelles politiques et de flash-back psychanalytiques, Ridley Scott ne parvient pas ici à captiver. Les scènes d’action ne manquent pas de punch, mais elles ne suffisent pas à surmonter le désintérêt éprouvé face au récit.
Que peut-on alors donner comme conseil aux amoureux de Robin des Bois ? Rire aux éclats devant Sacré Robin des bois, l’adaptation de Mel Brooks ? Attendre les fêtes de Noël pour que la version de Michael Curtiz avec Errol Flynn dans le rôle titre passe à nouveau sur le petit écran? Ou se contenter de la version basique de Kevin Reynolds où un Kevin Costner au sommet de sa gloire jouait le prince des voleurs ? Face aux multiples adaptations de ce récit, le choix est difficile à faire. Cette dernière version laisse un arrière goût de production à la chaîne peu enthousiasmante, où le charme initial s’étiole au fur et à mesure. Espérons qu’il ne s’agisse pas là d’un signe d’essoufflement du duo Ridley Scott/Russell Crowe et qu’il se reformera pour offrir de nouveau un spectacle grand public de qualité.
Robin des Bois, de Ridley Scott (2h20), sortie le 12 mai 2010.
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Avec Russell Crowe, Cate Blanchett, William Hurt et Max Von Sydow.
Au Mk2 Gambetta, tous les jours en VO à 13h25, 16h10, 18h55, 21h45, séance supplémentaire à 10h40 les mercredis, jeudis, samedis et dimanches.










