« Alice aux pays des merveilles », un Tim Burton désenchanté au MK2 Gambetta

Alice (Mia Wasikowska), perdue au pays des merveilles de synthèse. Photo : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Le roi de la féerie cinématographique aurait-il définitivement sombré dans le fantasme de synthèse ? En s’attaquant à la réalisation d’Alice au pays des merveilles, Tim Burton tente de se hisser au niveau du dessin animé de 1951, également produit par les studios Disney. La technologie ayant fait des progrès depuis, Tim Burton propose ici une adaptation en 3D dont la trame prend des libertés avec l’œuvre de départ, signée Lewis Carroll.
Le film ne comble malheureusement pas les attentes qu’il a suscitées. La qualité plastique de l’image et l’usage astucieux de la 3D jouant sur les profondeurs de champ, l’interaction entre le spectateur et les objets surgissant de l’écran ne parviennent toutefois pas à faire oublier un scénario un peu maigre, lorgnant vers l’heroïc fantasy et sombrant parfois dans le ridicule.

La Reine rouge (Helena Bonham Carter) aura-t-elle la tête d'Alice ? Photo : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Un mélange des genres parfois indigeste
Le film de Tim Burton se présente comme une synthèse librement adaptée d’Alice au pays des merveilles et De l’autre côté du miroir, la suite que donna Lewis Carroll au premier ouvrage. Alice est ici âgée de 19 ans. En cherchant à échapper aux fiançailles que sa famille lui impose, elle part à la poursuite d’un lapin blanc qu’elle suit jusque dans son terrier. La voici aux pays des merveilles dotée d’une mission digne d’un elfe tout droit sorti du Seigneur des anneaux : sauver ce monde peuplé de créatures délirantes sous la coupe de la Reine rouge, pour redonner le pouvoir à la douce et belle Reine blanche.
A ses côtés, le Chapelier fou au maquillage couleurs arc-en ciel se joint à sa quête. Qui d’autre que Johnny Depp pouvait entrer dans la peau de cet être bigarré, qui joue autant avec les mots qu’avec son chapeau ? L’acteur fétiche de Tim Burton se prête au jeu avec un plaisir visible, et nous rappelle que l’excentricité reste un excellent terreau de création. Toutefois, lorsque celle-ci s’allie à un récit de délivrance quasi chevaleresque, cette savoureuse extravagance perd de son mordant.

Le Dodo, Tweedledee et Tweedledum, le Lapin blanc et le Loir, ou l'incroyable bestiaire d'Alice au pays des merveilles. Photo : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Une « Burton touch » encore palpable
Tim Burton fait à nouveau preuve de ses talents de conteur en s’attachant au portrait des personnages, cherchant à en montrer les failles. Il donne ainsi le « beau » rôle à sa propre femme et muse, Helena Bonham Carter, qui interprète l’hystérique Reine rouge – à la tête surdimensionnée – avec une fougue enthousiasmante. Femme puissante mais complexée, en quête de reconnaissance et d’affection, elle rappelle par instants un des personnages marquants du panthéon burtonien : le Pingouin interprété par Danny de Vito dans Batman le défi.
Tyranniques et mal aimées, ces créatures complexes donnent beaucoup de charme à l’œuvre de Tim Burton. La part d’ambiguïté qui faisait aussi la marque d’un réalisateur dont on espère toujours et encore le meilleur disparaît ici pour se cacher derrière les images de synthèse et une animation maîtrisée à la perfection. Le plaisir des yeux se noie malheureusement trop souvent dans la facilité des bons sentiments.
Alice aux pays des merveilles, de Tim Burton (1h49). Sortie le 24 mars 2010.
Avec Johnny Depp, Mia Wasikowska, Helena Bonham Carter, Anne Hathaway.
Au MK2 Gambetta en numérique 3D, tous les jours en VO à 19h25 et 21h45, en VF à 10H15, 12h30, 14h50, 17h05











Super film!!