« The Ghost Writer » : Polanski entre suspense et ambiguïté au Mk2 Gambetta

Ewan McGregor, l'écrivain fantôme, sous la menace bien réelle d'une conspiration politique. Photo : Guy Ferrandis - RP Films
Réfugié dans sa villa sur une île américaine, l’ex-Premier ministre britannique Adam Lang (Pierce Brosnan), prend du recul pour rédiger ses mémoires avec l’aide d’un nègre (ghost writer en anglais). C’est alors qu’il apprend que la Cour internationale de La Haye le poursuit pour complicité de crimes de guerre. Ses avocats, sa femme et son assistante sont alors unanimes : il doit rester aux États-Unis et choisir l’exil pour éviter la prison.
Une scène qui s’avère particulièrement mordante lorsqu’on sait que le réalisateur Roman Polanski a dû terminer de monter The Ghost writer depuis une prison suisse. Précisément à cause des poursuites engagées contre lui par les États-Unis. Le cinéaste dénonce au passage les rumeurs relayées par les journalistes et un lynchage médiatique aux conséquences désastreuses.
Son film tombe également à pic par rapport à l’actualité. Le personnage d’Adam Lang s’inspire en effet de l’ancien Premier ministre Tony Blair, auditionné fin janvier par la commission d’enquête britannique sur l’engagement du Royaume-Uni aux côtés des Américains lors de l’invasion de l’Irak en 2003.
Au cœur d’un complot politique
Au-delà de ces troublantes coïncidences, The Ghost writer se révèle surtout terriblement efficace. Il redonne ses lettres de noblesse au thriller politique avec un mélange subtil d’angoisse et d’humour caustique. Assassinats, complots et trahisons sont évidemment au rendez-vous. Roman Polanski parvient même à injecter suffisamment de tension et de malaise pour tenir en haleine le spectateur jusqu’au bout. Tout en évitant les traditionnelles bagarres, courses-poursuites et autres stéréotypes du genre.
La mise en scène, sobre et élégante, n’est pas sans rappeler les films du maître en la matière, Alfred Hitchcock. En témoigne cette magnifique séquence où un billet, dont on devine qu’il contient la révélation finale, passe de main en main, provoquant l’excitation chez le spectateur avec trois fois rien. Le scénario joue aussi à merveille de la complicité qui se crée avec le personnage principal, un jeune écrivain naïf et intègre interprété par Ewan McGregor qui se retrouve plongé au cœur d’une sombre conspiration.
Il faut par ailleurs reconnaître le talent des différents acteurs. Ewan McGregor en tête, par l’empathie qu’il suscite envers son personnage. Pierce Brosnan trouve là un de ses meilleurs rôles, interprétant avec justesse ce politicien pathétique et cynique. Et le casting féminin n’est pas en reste, Olivia Williams et Kim Cattrall démontrant une fois pour toutes qu’il serait bien dommage de les cantonner à leur rôle dans les séries télévisées Dollhouse et Sex and the City.
The Ghost Writer, de Roman Polanski (2h08). Sortie le 3 mars 2010
Avec Ewan McGregor, Pierce Brosnan, Olivia Williams, Kim Cattrall.
Au Mk2 Gambetta, tous les jours à 10h55, 13h35, 16h15, 19h05 et 21h50.
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