« Shutter Island » au Mk2 Gambetta : un thriller halluciné
Après Mystic River réalisé par Clint Eastwood et Gone Baby Gone par Ben Affleck, l’univers de l’écrivain Dennis Lehane est de nouveau adapté au cinéma, cette fois par Martin Scorsese. Le réalisateur s’attaque à Shutter Island, un polar noir publié en 2003. A partir de cette enquête policière menée sur une île transformée en centre de détention psychiatrique, il nous livre un film anxiogène prompt à réveiller la paranoïa chez n’importe quel spectateur.
La peur grandit dans les pas du marshall Teddy Daniels et de son coéquipier Chuck Aule, envoyés à Shutter Island pour retrouver une patiente internée après le meurtre de ses enfants. Celle-ci a disparu mystérieusement en laissant derrière elle deux phrases elliptiques écrites sur un bout de papier. Le brouillard qui s’épaissit à l’approche de l’île, les mines patibulaires des gardiens, la musique ronflante réussissent dès les premières images du film à rendre le lieu angoissant.
Mais ce n’est rien comparé à l’orage apocalyptique qui va bientôt se déchaîner, aux couloirs sombres que les deux marshalls vont devoir traverser et aux comportements ambigus des médecins et du personnel soignant de l’asile de Shutter Island.
La montée de l’angoisse
Martin Scorsese ne se prive pas de convoquer tous les codes du film d’horreur traditionnel, avec une grande efficacité. Le point culminant est atteint avec les cauchemars et autres visions traumatiques du passé qui viennent tourmenter le personnage principal jusqu’à lui faire perdre pied avec la réalité. Scorsese installe parfaitement le malaise qui ne fait que s’amplifier au fur et à mesure que l’enquête avance.
Plaisir visuel et intellectuel
Le cinéaste parvient par ailleurs à maintenir le suspense jusqu’au bout. Il délivre bien quelques indices tout au long du film, mais ces derniers ne feront sens qu’une fois arrivé au dénouement. Nul doute que les spectateurs prendront ensuite plaisir à retracer le fil de l’histoire dans leur tête, afin d’en comprendre les différents niveaux d’interprétation et d’apprécier l’incroyable maîtrise du réalisateur dans cet exercice de manipulation. Un plaisir intellectuel qui va de pair avec le plaisir visuel ressenti grâce à la vivacité du montage et à la beauté de certains plans.
Shutter Island permet surtout de confirmer le talent d’un Leonardo DiCaprio, bien loin du gringalet de Titanic. Dans cette quatrième collaboration avec Martin Scorsese, l’acteur excelle en homme torturé par ses démons intérieurs, tiraillé entre la raison et la folie, au diapason avec le reste du casting tout aussi remarquable (Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Michelle Williams). Une réussite totale qui nous rend déjà impatients de voir leur prochain film ensemble.
Shutter Island, de Martin Scorsese (2h17). Sortie le 24 février 2010
Avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Michelle Williams, Ben Kingsley.
Au Mk2 Gambetta, tous les jours à 10h30, 13h20, 16h05, 18h55 et 21h40.













