Utiliser le rugby pour unifier un pays. Il fallait y penser, et Nelson Mandela l’a fait. En 1994, conscient des inégalités raciales et économiques qui subsistent malgré la fin de l’Apartheid, le nouveau président de l’Afrique du Sud va miser sur le sport pour « briser le cercle de haine mutuelle » qui divise son peuple. Objectif : mener l’équipe nationale des Springboks jusqu’à la Coupe du Monde de rugby qui a lieu un an plus tard.
D’emblée, le réalisateur, Clint Eastwood, enfonce le clou sur le désintérêt de la population noire pour cette équipe d’Afrikaners aux performances médiocres et qui leur ressemblent si peu. Le polo aux couleurs des ‘boks donné en cadeau aux enfants des townships ne trouve même pas grâce à leurs yeux, c’est dire ! Et ce manque de subtilité ne fait malheureusement que s’accentuer tout au long du film.
Retombant dans les mêmes travers que certaines de ses œuvres précédentes (L’échange, Mémoires de nos pères), Clint Eastwood fait volontiers jouer la corde sensible et cultive les bons sentiments. Il abuse sans retenue des séquences démonstratives, telle ce gros plan sur l’entrelacement d’une main noire et d’une main blanche brandissant la Coupe et insistant sur la réconciliation de la nation.
Au cœur de la mêlée
On peut toutefois reconnaître au réalisateur une formidable capacité à nous faire vibrer lors des scènes de rugby, d’une curieuse rareté au cinéma. La caméra plonge au cœur de la mêlée. Elle nous entraîne avec énergie dans ce mélange de sueur, de respirations haletantes et de corps à corps douloureux propre aux sports de contact. Des scènes ponctuées de surprenantes apothéoses sonores, qui traduisent une ferveur populaire sans précédent et finissent par rendre crédible la soudaine transformation des Springboks de loosers en winners. La montée en puissance jusqu’à la liesse générale d’une incroyable authenticité parvient ainsi à transcender un scénario évidemment prévisible.
Sans oublier l’incarnation parfaite de Morgan Freeman, prédestiné au rôle de « Madiba » par son nom de famille (homme libre en anglais). Un homme sage, charismatique et guidé par le pardon qu’il a lui même accordé à ses anciens geôliers. Au point de nous faire regretter que le film n’accorde pas plus d’importance à ses convictions politiques et aux autres projets menés. Mais ici, ce n’est pas le combat d’un homme qui compte, c’est l’union d’une nation qui fait la force.
Invictus, de Clint Eastwood (2h12). Sortie le 13 janvier 2010.
avec Morgan Freeman, Matt Damon, Scott Eastwood.
Au Mk2 Gambetta, tous les jours à 13h25, 16h10, 18h50 et 21h30.
Séance supplémentaire les mercredis, samedis et dimanches à 10h50.
Photos : Warner Bros Pictures



















