Juliette Dragon : Fille de Joie tout feu, tout femme
Quel est le point commun entre une petite fille munie d’un arc et d’un carquois et une meneuse de revue ? Vous donnez votre langue au chat ? A 36 ans, Juliette Dragon a pris le temps de méditer la réponse. « Enfant, je jouais aux Indiens. Je faisais le maquillage de guerre pour toute la tribu. J’ai continué à faire le même truc : déguiser et maquiller mes copains et mes copines ! », raconte-t-elle simplement.
Des plumes d’aigles aux plumes d’autruches
Originaire de Montpellier, la fondatrice du légendaire Cabaret des Filles de Joie a commencé à se frotter au monde de la nuit au travers de festivals de musique électronique. A 20 ans, elle organise une rave de cabaret moderne. Empruntant aux formes du spectacle vivant ses numéros de cirque, de théâtre de rue ou de jonglerie, elle en profite pour faire la démonstration de ses propres performances pyrotechniques.

Pour ne pas brûler plumes et corset, Juliette Dragon s'en déleste en un strip-tease burlesque avant d'empoigner ses torches. Photo : Gilles Rammant
Pulp Faction
En 1996, Juliette Dragon s’installe à Paris. Après avoir été gogo danseuse au Palace puis avoir tenu le vestiaire au Pulp, elle fonde en 2003 le Collectif Surprise Party. Et le Cabaret des Filles de Joie, dont la légende veut qu’il soit formé par des courtisanes mises à la rue lors de la fermeture de leur lupanar. Une rumeur alimentée par le fait que la troupe a donné sa première représentation d’effeuillage burlesque à Pigalle, entre les murs du Joyce, un squat calé entre deux peep shows. Le succès est alors au rendez-vous, au point de provoquer l’irritation des voisins qui reprochent au cabaret de voler leur clientèle.
Cette inimitié n’est pas la seule que s’est attirée la revue. Plus tard, alors qu’elle doit participer à un festival de funk, sa venue est finalement annulée. Un des partenaires de l’événement refuse de se voir associé au Cabaret des Filles de Joie dont il trouve le nom vulgaire. Pourtant, quoi que cette appellation ait de provocante, ses membres l’assument. Juliette Dragon résume la démarche de la troupe comme «la voie du milieu entre pute et soumise tout en n’étant ni pute ni soumise».

Devant les shows de Juliette Dragon, même les moins chastes ont de quoi rougir... Photo : Gilles Rammant
Flammes je vous aime
Lors de ses représentations, Juliette Dragon entre en scène vêtue d’imposants costumes avant de faire monter la température de quelques degrés en empoignant ses torches. Un problème technique se pose alors. Comment passer des plumes aux flammes sans calciner ses tenues ? La solution fait figure de transition. Elle décide de se débarrasser de ses vêtements en un strip-tease burlesque, ajustant une corde supplémentaire à l’arc de ses talents. La meneuse de revue n’est pas sans pudeur pour autant. Son véritable nom, elle le garde pour elle afin de préserver la frontière entre vie privée et vie publique.
Sois belle et ouvre-la !
Mais attention ! Si la jeune femme se dévêt sur scène, elle ne s’y présente pas les mains nues. «Avec deux torches, je ne suis pas vulnérable. Je ne suis toujours pas offerte, même si je suis déshabillée », assène-t-elle. D’ailleurs, avec ou sans feu, quand elle endosse le rôle de Fille de Joie, Juliette Dragon n’en conserve pas moins la maîtrise de la situation. A travers le burlesque, il ne s’agit nullement de se soumettre au désir masculin, mais de chercher à se faire belle, à se mettre en valeur pour se sentir en confiance. «On reprend les corsets parce qu’on en a envie, pas spécialement pour un homme, mais pour nous. »
La Dragon déploie ses elles
Cette volonté de libération des femmes quant à leurs corps, leurs attitudes ou leurs manières de s’habiller est également un credo qui accompagne l’Ecole des Filles de Joie, institution qui a vu le jour en février 2009 et délivre des cours de danse et de strip-tease burlesque une fois par semaine à La Bellevilloise. Outre l’art d’exécuter un parfait demi-plié et un élégant port de bras, ou de délacer son corset, c’est surtout une aisance corporelle qui est transmise. Parallèlement se dessine l’image d’une femme qui est émancipée, qui ne subit pas sa place dans la société, quelle que soit sa morphologie. L’Ecole accueille «toutes les corpulences et toutes les origines», souligne Juliette Dragon.

Les plus grandes salles parisiennes accueillent le Cabaret des Filles de Joie, mais Juliette Dragon garde un faible pour les lieux populaires du 20e arrondissement. Photo : Gilles Rammant
«L’Olympia en maison close»
Art populaire, le burlesque fait logiquement école dans le 20e arrondissement. Le Collectif Surprise Party a d’ailleurs ses locaux rue des Cascades et lorsque Juliette Dragon et ses Filles de Joie délaissent La Bellevilloise, c’est souvent pour se produire à La Féline… où il leur arrive d’attirer plusieurs centaines de personnes alors que le bar en contient difficilement plus d’une cinquantaine !
Un goût pour les salles à taille humaine que conservent ces dames alors qu’elles ont leurs entrées sur des scènes aux dimensions plus imposantes. Les planches de l’Élysée Montmartre et du Bataclan ont été les témoins de leurs effeuillages. Mais c’est un autre lieu qui a marqué la mémoire de Juliette Dragon, en février 2008, à l’occasion d’un spectacle pharaonesque : cinquante personnes sur scène, un spectacle composé d’un tableau 1900, d’un autre des années 30 et d’un dernier mêlant futurisme, manga et fétichisme. «On a transformé l’Olympia en maison close !» Mais doit-on s’étonner qu’une salle au nom évoquant un mont divin de la Grèce caresse les grâces du septième ciel ?
Ecole des filles de joie : chaque samedi à partir de 14h (sauf exception, voir les détails sur le site du Collectif Surprise Party)
14h : cours de modern jazz
15h30 : cours d’effeuillage burlesque
La Bellevilloise, 19-21 rue Boyer, 75020 Paris |












