Tristan Sadeghi : Le plaisir de l’ire 20/10/09

Tristan Sadeghi : Le plaisir de l’ire

Tristan Sadeghi devant le lycée Maurice Ravel dont il fut exclu temporairement à la fin de l'année scolaire 2008-2009. Photo : Bertrand Noel

Tristan Sadeghi devant le lycée Maurice Ravel dont il fut exclu temporairement à la fin de l'année scolaire 2008-2009. Photo : Bertrand Noel

« Si tu ne t’occupes pas de politique, la politique s’occupera de toi ». Tristan Sadeghi, 17 ans, au centre de la polémique lors de son exclusion très médiatisée du lycée Ravel, use de ce vieil adage pour expliquer son engagement.

La politique, cet aîné de trois enfants la porte un peu dans son sang. « Mes parents ont fui l’Iran au moment de la révolution islamique en 1979. » Tristan découvre le monde syndical en classe de 5e au collège Ravel. « Les lycéens manifestaient contre la réforme Fillon sur les retraites. J’étais à toutes les assemblées générales », se rappelle-t-il. Tristan a 12 ans et sait déjà que la lutte syndicale est faite pour lui. Et peu lui importe le regard de ses camarades de classe forcément un peu surpris de ces préoccupations : « les gens ont vite pris l’habitude. Ils disaient « Tristan, il va aux AG » comme ils auraient pu dire Tristan, il va au foot ». Ou quand la politique est un loisir pour ce passionné d’histoire.  Avec eux, il se familiarise avec le vocabulaire politique et syndical. Il est encore trop jeune pour participer aux manifestations, mais s’assied dans un coin et observe les « grands » débattre de leurs modes d’action. Et qu’en pensaient ses parents ? « Pas au courant » . Tristan apprend vite. Il participe à des blocages en classe de seconde et de première entre 2007 et 2009. Ce sont ses blocages de l’année dernière qui lui ont valu son exclusion provisoire du lycée Ravel.

« Le socialisme, le vrai »

En parallèle, ce jeune homme à la tignasse et au regard noirs comme le drapeau anar, s’encarte : « Je suis entré en politique parce que j’avais l’impression que la politique commençait à désintéresser tout le monde, y compris moi. Je me suis dis qu’il fallait changer les choses ».  Il rentre au Parti de Gauche, fondé par Jean-Luc Mélenchon. Parce qu’il représente selon lui, le socialisme, le vrai. « Le Parti de gauche comble l’espace entre le PS et le PC ». La tournure sociale-démocrate du PS, notamment incarnée par la candidature de Ségolène Royal lui « déplaît ». Mélenchon, Tristan l’apprécie beaucoup : « C’est un orateur très performant, très intelligent, très très bon, un vrai penseur ». Il espère rencontrer le sénateur de l’Essonne prochainement. C’est justement cette proximité entre la base et les chefs qui lui a aussi plu : « il y a des membres du bureau national qui tractent avec nous (…) Ils sont très accessibles, j’ai le numéro de portable de quelques-uns », précise-t-il non sans une pointe de fierté. La politique, il n’envisage pas d’y faire carrière plus tard, mais veut continuer à s’engager, « peut être en tant que conseiller municipal ».

Tennis, Vian, et Théatre

Et s’il devait devenir conseiller municipal, cela serait sûrement à la mairie du 20e, l’arrondissement dans lequel il a toujours vécu. « J’aime bien l’ambiance des cafés ici. Le quartier est très vivant. Même à 11h-minuit, il y a du monde dans la rue, toujours de l’ambiance ». Mais l’ambiance festive n’est pas le seul charme qu’il reconnaît au 20e : « J’aime aussi le fait que cela soit très éclectique. Il y a toutes les classes sociales, c’est formidable que tout le monde soit ensemble ». Il lève un sourcil : « je ne veux pas faire non plus dans l’angélisme « c’est l’amour entre les peuples ». « Mais il y a ici une formidable cohabitation ». Ses loisirs se partagent entre le foot, le tennis et la lecture de théâtre. « Je suis un grand fan de Boris Vian ». Mais aussi de Ionesco et de Sartre. D’ailleurs, il assiste souvent à des représentations aux théâtres de la Colline et de l’Est parisien, situés pas loin de chez lui, « une chance ».

« Un gros travail de conscientisation »

Début septembre, il a lancé avec d’autres un nouveau syndicat lycéen, « Force Lycéenne ». Même s’il se dit surpris par l’ampleur de la médiatisation autour de son affaire, il a surfé sur la vague pour donner un maximum d’écho à son projet. Et surtout, n’allez pas lui dire qu’il apporte de la division donc affaiblit la puissance de frappe syndicale des lycéens. « Le maître mot, c’est l’union ». Il estime qu’il ne marche pas sur les plates bandes des autres syndicats avec qui il a des relations « cordiales », car il ne veut pas leur prendre des militants mais ammener des lycéens non engagés à le suivre. « On fait un gros travail de conscientisation ». Et il s’attend à avoir du pain sur la planche. « Le nouveau ministre de l’éducation Luc Chatel a dit qu’il voulait continuer à mettre en oeuvre la réforme Darcos donc il devrait y avoir des actions. (…) Mais ma priorité , c’est d’avoir mon bac ». La politique pour Tristan Sadeghi, un centre d’intérêt général.

Rédaction : Pierre Bohm
Photo : Bertrand Noël (http://www.bertrandnoel.com)