Il était une foi, le père Doreau 28/10/09

Il était une foi, le père Doreau

Didier Doreau, 67 ans, est le prêtre de l'Eglise Notre-Dame-des-Otages depuis 5 ans. Photo : Bertrand Noel.

Didier Doreau, 67 ans, est le prêtre de l'Eglise Notre-Dame-des-Otages depuis 5 ans. Photo : Bertrand Noel.

Quand on demande à quelques-uns des 400 fidèles de l’église fraîchement rénovée de Notre-Dame-des-Otages de qualifier leur curé, ils ne tarissent pas d’éloge : « Bon, gentil, ouvert, chaleureux et simple. » Autant de bonnes raisons de rencontrer Didier Doreau, 67 ans, berger de ses brebis du 20e arrondissement depuis 5 ans.

Croix de bois en pendentif, c’est avec un large sourire et une poignée de main ferme que le père Doreau accueille ses visiteurs. Prêtre pour lui, c’est plus qu’une vocation, c’est un « appel ». Il y répond alors qu’il a une vingtaine d’années : « J’ai suivi une formation, je cherchais ma voie, je ne savais pas où j’étais appelé si je devais être prêtre, moine… ». Puis c’est le service militaire et un long apprentissage de technicien dans le milieu du bois. C’est durant cette période qu’arrivent les évènements de mai 68. « J’ai regardé avec intérêt ce qu’il se passait sans participer aux manifestations. Nous n’étions plus que deux à suivre les cours. J’étais pour ma part relativement satisfait de ce que nous avions sur le plan politique. » Sa formation débouche sur un métier qu’il n’exercera que quelques mois. « Je pensais de plus en plus à devenir prêtre ». Il entre donc au séminaire et y consacre 4 ans. Mais au bout de ces années, « on m’orientait plus vers la vocation monastique où je ne me sentais pas appelé. Je voulais être dans la vie du diocèse. » Hélas pour lui, la voie qu’il veut emprunter vers le Seigneur reste impénétrable.

« Les gens dans leur jus »

Il va donc falloir attendre. Longtemps. 14 années, faites de « petits boulots à droite à gauche ». « Je ne voulais pas prendre un travail régulier, pouvant être appelé à tout moment. » Mais ces 14 années d’attente, il ne les regrette pas : « J’ai pu voir, pardonnez-moi l’expression, les gens dans leur jus. Avec leurs joies, leurs peines, leurs qualités et leurs défauts. » Pendant cette période, son désir de devenir curé et non pas moine s’affirme encore plus. Puis, les portes se rouvrent et il peut entrer à la maison Saint-Augustin. « Là-bas, l’Église juge si vous êtes ou pas ‘appelé’ à devenir prêtre. On y mène une vie de prière en communauté », explique t-il. « On participe à des stages dans les hôpitaux ou les maisons de retraite. » Sur les 25 candidats postulant en même temps que lui, 5 seulement ne deviendront pas prêtre. On a connu concours d’entrée plus sélectif…  En 1993, Didier Doreau devient le Père Doreau. D’abord comme vicaire à Issy-les-Moulineaux, puis curé à Pantin.

Le père Doreau a trouvé l'amour... dans les bras du Seigneur. Photo : Bertrand Noel.

Le père Doreau a trouvé l'amour... dans les bras du Seigneur. Photo : Bertrand Noel.

Le curé, le Pape et la capote

Le père Doreau parle d’un ton calme sans être monocorde, citant régulièrement la Bible pour appuyer ses propos. Ses fidèles parlent d’un curé « bien dans son époque », mais lui ne la comprend pas toujours. Par exemple, il ne saisit pas la polémique qu’il y a eut après les propos du Pape Benoît XVI sur le préservatif. « Des propos déformés », note-t-il. Mais tout de même peut-on relativiser l’efficacité du préservatif pour se prémunir du sida, surtout sur un continent qui compte 22 millions de contaminés ?  « L’utilisation du préservatif est un moindre mal pour rattraper la faiblesse humaine », se désole-t-il. Car dans la tête du curé, qui dit acte sexuel avec préservatif, dit forcément hors mariage, donc amour égoïste et pas universel. Il ajoute que les propos du Pape n’ont pas fait scandale en Afrique. Une polémique européenne donc ? Mais pourquoi n’avons nous pas compris les paroles du Pape ? « Nous vivons dans une société de plus en plus tournée vers le profit, cela nous amène à ne plus voir le sens spirituel des choses. »

En parlant de relation sexuelle, comment voit-il le célibat que sa fonction lui impose ? En réponse, cet enfant d’une famille nombreuse (il a 9 frères et sœurs) relate une vieille anecdote : « un jour une jeune fille s’est éprise de moi. Je n’étais pas insensible à ce problème là. Ce qui m’a permis de m’en sortir, c’est la force qui m’a été donnée par le Seigneur.  Je me suis alors dis : ‘je ne suis pas appelé à cet amour là’.  J’ai prié. Ce fut l’un des Notre Père les plus marquant de ma vie. »

Comme tout le monde, le père Doreau a des loisirs. Il avoue avoir un faible pour les balades à pied et pour le cinéma. Son dernier coup de coeur ? Séraphine, le film avec Yolande Moreau. « J’ai aimé l’attirance de ce personnage, d’un milieu social défavorisé pour la nature et le beau ».

« Nous ne sommes pas une église communautaire »

Le 20e arrondissement est multiethnique, multiculturel. « Nous avons beaucoup de populations originaires des îles, Madagascar, Maurice, Haïti et les Antilles. C’est une population qui s’intègre très bien aux autres chrétiens. » Il ajoute dans un sourire : « De toute façon nous ne sommes pas une église communautaire mais de quartier. » Et les relations avec les autres religions ? « Avec les juifs, il n’y a pas vraiment de relation. La plupart sont Loubavitchs, donc pas très ouverts. » Et avec les Musulmans ? « Il n’y a pas de relation sur le plan religieux, mais comme on habite le même quartier, on discute parfois. » Et ne lui parlez pas de quitter le 20e. « Je veux absolument travailler dans l’Est parisien car c’est là que se trouvent les quartiers les plus populaires à Paris. »

Rédaction : Pierre Bohm
Photo : Bertrand Noël (http://www.bertrandnoel.com)