Victor Dos Santos, du pain sur les planches 17/06/10

Victor Dos Santos, du pain sur les planches

Victor Dos Santos dans une des salles du Théâtre de Ménilmontant dont il est le directeur. Photo : Bertrand Noël

Victor Dos Santos dans une des salles du Théâtre de Ménilmontant dont il est le directeur depuis quatre ans. Photo : Bertrand Noël

Arrivé à l’âge de 2 ans dans le 20e, Victor Dos Santos, la trentaine épanouie, a passé plus de vingt ans dans l’arrondissement avant de migrer non loin de là, dans le 12e. Qu’à cela ne tienne ! Il continue de vivre, de penser, de respirer 20e.

En qualité de directeur du Théâtre de Ménilmontant, il passe là le plus clair de son temps. Et il ne va pas s’en plaindre tant il porte le quartier dans son cœur. L’étudiant en histoire-géo qu’il fut et qui sommeille toujours en lui ne résiste d’ailleurs pas à l’envie de nous conter l’histoire de ce coin de Paris authentique, un « village » que certains habitants n’ont pas quitté depuis les années 1920, et qui est devenu au cours du siècle dernier un véritable melting-pot. « C’est cela la vraie richesse du 20e : ce foisonnement de personnes, tous âges confondus et appartenant à toutes les catégories socioprofessionnelles ».

80 heures par semaine, passionnément

Pour ce quartier qu’il chérit tant, Victor Dos Santos fourmille de projets. Récemment, il a favorisé la création de l’Orchestre symphonique de Ménilmontant. « Pour proposer une offre accessible et de qualité de musiques baroques, classiques et contemporaines. C’est formidable pour le 20e, pour Ménilmontant ! », confie l’énergique directeur.

Parce que ce théâtre, c’est aussi un du lien social et intergénérationnel, Victor Dos Santos mise beaucoup sur l’action culturelle auprès de la jeunesse, d’autant plus depuis la fermeture du centre de loisirs. « C’est la mort dans l’âme que nous avons mis un terme à cette activité. 130 ans d’histoire qui ont volé en éclats… Mais c’est aussi un nouveau départ pour nos activités dédiées aux jeunes : nous allons relancer les ateliers théâtre-chant-danse pour les gamins ; nous hébergeons désormais  une compagnie jeune public ;  et nous multiplions nos actions auprès des écoles, via l’opération ‘Le théâtre, c’est la classe’ initiée par la mairie du 20e, et dans les lycées avec ‘Destination Woodstock’. »

Et bien sur, Victor Dos Santos entend bien continuer de se battre pour proposer chaque soir, quasi simultanément, trois voire quatre ou cinq spectacles vivants « de qualité » et « à moindre coût ». Un véritable sacerdoce pour ce fringant trentenaire qui dit trimer pas moins de 80 heures par semaine pour mener ses projets à bien.

Photo : Bertrand Noël

Photo : Bertrand Noël


Conte des 1001 vies

Le théâtre, ce jeune homme déluré est, comme qui dirait, tombé dedans étant petit. Première scène : au collège, en 1989, il chante dans La Vie parisienne, d’Offenbach. Une révélation. Il n’a jamais vraiment arrêté depuis. Comédien, auteur, metteur en scène, il a notamment monté Simon, Intermittent du succès à Ménilmontant, en 2001, puis Georges et les autres, avec « une troupe de gamins », en 2006 sur la même scène.

Pourtant, ce n’est pas vers cette voie que l’a mené son parcours professionnel dans un premier temps. « Je n’ai jamais eu de plan de carrière. J’ai travaillé un an par ci, un an par là, un peu partout. » De prof d’histoire-géo, il est devenu conducteur de travaux chez Bouygues – «  j’ai construit 180 maisons en deux mois, et elles tiennent toujours debout ! » –  après un poste à la communication d’Areva et avant de rejoindre la Commission européenne pour s’occuper de l’événementiel pendant quelques mois. « Ah oui ! J’ai vendu des diamants aussi ! », balance-t-il le plus simplement du monde avant d’éclater d’un rire tonitruant. Mais à ce stade, on n’est même plus surpris.

Et cette bougeotte, ça veut dire quoi au fond ? « Je suis généraliste, spécialiste de rien. J’aime les challenges, je déteste perdre et, surtout, quand je gagne, je veux que ce soit dans la difficulté. Un besoin de reconnaissance, sans doute… » Depuis quatre ans, l’électron libre s’est néanmoins stabilisé à la direction de Ménilmontant. « Ma plus longue expérience à ce jour », confie-t-il, songeur.

Il ne semble toutefois pas encore prêt à faire ses valises. Peut-être parce que cet homme multitâches a enfin trouvé son équilibre entre la vie de salarié et la vie d’artiste. « Ce job est très complet. Je me sens aussi bien ici que dans mon équipe de basket ». Ah oui, parce qu’on ne vous a pas encore dit que le grand gaillard est aussi un sportif. « C’est avec mon équipe de basket, dans laquelle j’ai évolué pendant douze ans, que j’ai connu mes premières grandes émotions. Il n’y avait pas de grandes individualités, nous avions un moral d’acier et faisions toujours tout pour nos neuf coéquipiers, qu’ils soient sur le terrain ou sur le banc ».

Aujourd’hui, Victor Dos Santos affirme diriger son théâtre comme un entraîneur : « J’ai mon cinq de départ, mon sixième homme et mes remplaçants, tous susceptibles de jouer leur rôle sur le terrain. » Il y a d’ailleurs retrouvé la même ambiance familiale. « Certains sont ici depuis qu’ils sont nés ! Il y a quelques mois, nous avons enterré notre doyen : il avait 97 ans et demi ! Un homme formidable qui avait d’ailleurs bien connu Maurice Chevalier… » qui, pour l’anecdote, a fait ses premiers pas sur les planches à Ménilmontant.

Photo : Bertrand Noël

Photo : Bertrand Noël


Parce que le 20e le vaut bien

Victor Dos Santos est donc un homme comblé. Un homme de théâtre passionné qui se bat au quotidien pour que subsiste son établissement, malgré les difficultés financières. Parce que le public le mérite – ils sont 40 000 spectateurs payants chaque année – et parce que les habitants du 20e le méritent. « Nous appartenons à un quartier foisonnant d’un point de vue culturel. Si on prend ne serait-ce que le périmètre Amandiers-Gambetta, on trouve une scène nationale (la Colline), un théâtre municipal (le Vingtième Théâtre), une scène conventionnée (l’Est parisien) et une structure privée et indépendante (Ménilmontant). Tout cela parmi d’innombrables petites scènes. Il faut soutenir cette culture. »

Le secret espoir de Victor Dos Santos ? Que chaque habitant du 20e vienne au moins une fois par an se divertir au théâtre. « Chaque soir, 25 millions de Français allument la télé les yeux fermés. Et s’ils en faisaient autant pour le théâtre ? » D’ici là, Victor Dos Santos, lui, voguera certainement vers d’autres horizons. « On n’a qu’une vie ! Je ne suis pas un saint homme, je ne pourrai pas consacrer ma vie entière à Ménilmontant. Je ne parviens pas encore à concilier cette vie avec une vie de famille. A un moment donné, il faudra choisir. »