George Pau Langevin : « On peut comprendre la révolte des lycéens »

Madame Biraben m’a récemment interpellée dans vos colonnes sur mon soutien à  Tristan Sadeghi dont la réinscription dans son lycée avait été  compromise par son engagement militant.

Mon soutien à Monsieur Sadeghi n’est pas acquiescement au blocage d’un établissement, mais plutôt un double refus : celui d’une pénalisation toujours accrue du mouvement social et celui d’un amalgame entre sanctions académiques et sanctions disciplinaires. D’ailleurs l’Académie de Paris avec qui nous avons dialogué semblait avoir compris qu’un adulte, principal de collège, pouvait se faire entendre d’un jeune lycéen, même turbulent, sans avoir besoin de l’exclure.

On ne peut comprendre la révolte des lycéens sans revenir sur leurs  raisons, c’est à dire  la regrettable loi Darcos sur la réforme du lycée. Il s’agissait, en premier lieu, d’une conception fermée et cloisonnée du dialogue social, et d’une politique de communication agressive. Les attaques sans cesse répétées contre la filière économique et sociale ou contre les professeurs de philosophie en constituent le parfait exemple.

Une conception partiale de l’enseignement secondaire

Ensuite, cette réforme du lycée a échoué en raison d’une conception partiale de l’enseignement secondaire. Là où le gouvernement proposait un lycée à la carte, avec une démultiplication des choix d’options et une potentielle perte de cohérence des parcours éducatifs, les lycéens réclamaient le maintien d’un cadre pédagogique et une démultiplication des moyens alloués à l’orientation.

La conception de l’UMP de l’Education nationale, est à l’origine des échecs répétés de ses réformes. Quand Mme Biraben précise que « l’Education nationale c’est surtout le principal poste budgétaire de l’Etat », elle envisage son évolution surtout en termes d’économies et de suppressions de postes. La loi proposée l’an dernier par Xavier Darcos souhaitait répondre, par des ajustements marginaux et inefficaces, aux multiples problèmes suscités par les suppressions de postes et  les diminutions de moyens. Ainsi l’Aide individualisée assurée par les professeurs en seconde devait être remplacée par du soutien scolaire proposé par les surveillants. Nicolas Sarkozy ne s’est d’ailleurs pas obstiné et a ôté la responsabilité de ce Ministère à Xavier Darcos.

Pour autant, la future réforme du lycée, présentée par Nicolas Sarkozy le 13 octobre dernier  suite au rapport Descoing, démontre que la majorité actuelle n’a toujours pas tiré les leçons de ses échecs successifs en matière d’éducation. Les quelques intentions présentées, rééquilibrage bancal des filières, réforme marginale de l’orientation, accompagnement personnel, ne permettront en rien de combler le manque créé par la suppression de 16 000 postes d’enseignants en 2010.

La tribune de Madame Biraben amène enfin quelques remarques. Après de nombreux mois de vide sidéral, je me réjouis d’avoir un interlocuteur UMP identifié dans le 20ème. Néanmoins je m’étonne d’une telle prise de position pour deux raisons : d’une part, elle intervient près de trois mois après la résolution de l’ « affaire » Sadeghi, ce dernier poursuivant, avec toujours autant de réussite, ses études au lycée Maurice Ravel. D’autre part, elle est en décalage total vis-à-vis des problèmes et des préoccupations des habitants du 20ème, touchés de plein fouet par la crise et abandonnés par le gouvernement.

Madame Biraben ne mentionne pas que le gouvernement qu’elle soutient gèle les crédits alloués aux centres sociaux du 20ème, qu’il n’a pas investi un centime dans le tramway et dans les projets de rénovation urbaine qui sont en train de transformer nos quartiers. N’aurait-il pas été plus approprié de débattre de questions très importantes pour notre arrondissement, d’exclusion, de chômage, de salaire, plutôt que de relancer une polémique futile et anachronique ?

Georges Pau Langevin
Députée PS de la 21e circ°, Paris 20e arrondissement