La valse des politiques à la Bellevilloise

Arnaud Montebourg a installé son quartier général à la Bellevilloise pour les résultats du premier tour des primaires socialistes. Photo : Margot L'Hermite.
Les hommes politiques aiment les symboles. La Bellevilloise en est un pour les leaders de gauche. Depuis la réouverture de l’établissement en 2005, plusieurs socialistes et écologistes de premier plan ont organisé des réunions au 19 de la rue Boyer. François Hollande est le premier à être venu en décembre 2005. Secrétaire national du Parti socialiste (PS) à l’époque, il avait participé au congrès national du Mouvement des jeunes socialistes (MJS).
La marque de Jaurès et Proudhon
« Nous avions communiqué peu de temps avant sur l’historique de la Bellevilloise », rappelle Fabrice Martinez, directeur général associé en charge du lieu et de la communication. La Bellevilloise, fondée en 1877, a été la première coopérative de la capitale. La salle à l’étage portait le nom de Jean Jaurès car l’orateur socialiste venait régulièrement y tenir meeting. Au rez-de-chaussée, le système de vente du producteur au consommateur a été initié au début du 20e siècle selon le concept du théoricien de l’anarchisme Pierre-Joseph Proudhon.
Les écologistes se sont retrouvés dans ce procédé précurseur du commerce équitable. « Nous avons été quartier général des Verts pour l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle en 2007 », donne en exemple Fabrice Martinez. Plus récemment, Eva Joly a prononcé là, le 12 juillet 2011, son discours d’investiture après la primaire écologiste pour l’élection présidentielle.

Fabrice Martinez, un des fondateurs de la nouvelle Bellevilloise, insiste sur le côté fonctionnel de son établissement. Photo : F. Perrigault.
Un QG de campagne idéal
Les leaders de gauche plébiscitent aussi l’établissement pour sa fonctionnalité. « C’est un lieu qui peut accueillir entre 1000 et 1500 personnes, précise Fabrice Martinez. Et nous sommes aptes à répondre aux exigences pour organiser une manifestation politique grâce à nos infrastructures et à notre offre de services. »
Lors de l’élection présidentielle de 2007, Ségolène Royal avait installé son quartier général à la Bellevilloise pour permettre à ses partisans d’y suivre le débat de l’entre-deux tours. Arnaud Montebourg a fait de même pour l’annonce des résultats du premier tour des primaires socialistes le 9 octobre dernier.
Le gratin de la droite aussi s’invite rue Boyer
Fabrice Martinez précise toutefois : « Nous ne mettons pas la Bellevilloise au service de la gauche. Nous sommes aussi ouverts aux leaders de la majorité. » Pour preuve : une grande réunion de campagne pour les élections régionales en Île-de-France a été organisée par le MoDeM en mars 2010 avec la présence de François Bayrou. Et d’autres encore…
Côté UMP, des figures de premier plan comme Jean-François Copé et Rachida Dati ont franchi les porte de la Bellevilloise. Ils ont participé à des débats organisés par la fondation Terra Nova, proche de la gauche. « Nous voulions refaire de cet établissement un lieu de débat public et d’expression au sens large », explique Fabrice Martinez.
Valérie Pécresse y a lancé son « Labo d’idées » en juin 2010. Elle avait été accueillie par Anne Biraben, alors secrétaire de la section UMP du 20e. Mais cette dernière déplore un « deux poids, deux mesures » dans l’accueil réservé par l’établissement aux gens de droite. « Des leaders de droite ou du centre comme Valérie Pécresse ont des moyens que nous n’avons pas au niveau local. »

Anne Biraben, ancienne responsable de la section UMP du 20e, a eu une expérience malheureuse à la Bellevilloise. Photo : F. Perrigault.
En cause, l’accès refusé aux Jeunes actifs du 20e (structure de l’UMP dédiée aux trentenaires) par la Bellevilloise lors d’une soirée d’hiver 2008-2009. Affiliés à l’UMP à cette époque, une vingtaine d’entre eux avaient prévu de s’y retrouver. Après avoir vérifié sur place quelques jours plus tôt si la réunion était faisable, ils s’étaient présentés à l’entrée : « Nous n’avons pas pu rentrer. On nous a dit que c’était complet et qu’il n’y avait pas de réservation. Ça a été assez amer », regrette Anne Biraben.
Pour Fabrice Martinez, « il y a peut-être eu un loupé mais ce n’était pas voulu. Nous ne faisons pas de discrimination, la Bellevilloise est une entreprise privée ». Les venues des leaders de gauche et de droite font d’ailleurs l’objet de contrats, comme celles des artistes. Mais la politique n’est pas le domaine qui rapporte le plus à l’établissement et représente seulement 6 à 8 % de son activité. Les soirées Tsiganes et cabarets burlesques ont donc encore de beaux jours devant eux rue Boyer.
François Perrigault
Crédit de la photo de Une : Margot L’Hermite
Fabrice Martinez, directeur général associé en charge du lieu et de la communication, n’a toujours pas digéré l’attitude des banques quand il a décidé de rouvrir la Bellevilloise avec Renaud Barillet et Philippe Jupin. (38 secondes)
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Il a publié un article sur son blog à ce sujet.










