Fermeture du centre IVG de Tenon : la pilule ne passe toujours pas
Pragmatisme ou politique de réduction des coûts : l’AP-HP (Assistance Publique- Hôpitaux de Paris) et plusieurs collectifs de droits des femmes s’opposent toujours sur la réorganisation des hôpitaux publics de l’Est parisien, comprenant les hôpitaux Tenon, Saint-Antoine et Trousseau/les Bluets.

Une centaine de manifestants ont demandé la réouverture du centre IVG de Tenon, samedi 5 juin 2010. Photo: M. Guillon
Un point en particulier cristallise les oppositions. C’est la refonte des centres d’interruption volontaire de grossesse (IVG) qui a commencé en juillet 2009 avec la fermeture du centre IVG de l’hôpital Tenon dans le 20e. Les associations de défense des droits des femmes demandent sa réouverture. C’était d’ailleurs un des motifs de la manifestation organisée samedi dernier (5 juin 2010).
« Cette fermeture s’est faite en catimini », dénonce Martine Noël, présidente de la Cadac (Collectif national pour le droits des femmes). « Ils ont attendus que le médecin praticien parte à la retraite, puis ils ont fermé le centre. » Le directeur de l’hôpital Tenon, Roland Gonin, chargé par l’AP-HP de mener à bien cette restructuration, concède qu’il a été pris de cours. « Il nous a fallu trois mois pour réorganiser un accueil et assurer une permanence. » Depuis la fin 2009, ce sont donc deux infirmières retraitées qui s’occupent de réorienter les patientes vers les autres structures hospitalières assurant l’avortement.
Mais pour les associations, l’explication n’est pas convaincante. « Le directeur savait très bien qu’il (le médecin) partait à la retraite. Il aurait pu le remplacer », s’insurge Martine Noël. Pour elle, c’est un recul du droit des femmes. « La loi de 1979 précise qu’il est obligatoire que chaque hôpital possède son propre centre IVG. Aujourd’hui, on revient en arrière en fermant ces centres », ajoute-t-elle.
Où vont se faire avorter les femmes du 20e arrondissement ?
Pour le moment, l’hôpital Saint-Antoine et l’hôpital Trousseau/les Bluets, assurent la transition. Josée Pépin, membre du collectif unitaire pour la réouverture du centre d’IVG de Tenon, estime que c’est un véritable « parcours fléché » pour se faire avorter. Ainsi, une femme habitant dans le 20e arrondissement, doit d’abord obtenir un rendez-vous téléphonique avec le centre d’accueil de l’hôpital Tenon. Elle est ensuite réorientée vers les hôpitaux Saint-Antoine, Trousseau, ou même La Pitié-Salpêtrière.
En tout, le temps moyen entre le premier rendez-vous et l’avortement est de trois semaines, d’après la Cadac. « Si ça se passe mal, on est hors délai (l’avortement peut se pratiquer légalement jusqu’à 12 semaines de grossesse, NDLR). (…) Autrement, il y a le recours aux cliniques privées dans les communes limitrophes, ou encore chez les gynécologues. Mais se pose alors le problème financier », relève Martine Noël.

L'hôpital Trousseau, dont le centre IVG est le plus petit de l'Est parisien, devra prendre en charge les quelque 2000 avortements annuels du secteur. Photo : M. Guillon
« Nous augmentons les moyens »
En 2011, le centre IVG de l’hôpital Saint-Antoine devrait fermer ses portes. Les patientes seront alors orientées vers un seul centre, celui de l’hôpital Trousseau. Or, en 2007-2008, l’hôpital Tenon procédait à près de 800 avortements et celui de Saint-Antoine à plus de 1000. L’hôpital Trousseau, quant à lui, n’a procédé qu’à 220 avortements en 2008-2009. Comment se fait-il alors que l’on ait choisi le plus petit centre IVG pour assurer les quelque 2000 avortements de tout l’Est parisien ?
« C’est la volonté de l’hôpital Trousseau de développer son centre, répond le directeur de Tenon, Roland Gonin. Mais nous sommes en train d’augmenter les moyens. Nous travaillons sur la possibilité d’avoir une infirmière de plus à Trousseau et un demi-praticien, c’est à dire un médecin hospitalier à temps partiel supplémentaire, pour pouvoir progressivement arriver, en année pleine, à la prise en charge de 1600 IVG. »
D’après Roland Gonin, l’hôpital Trousseau devrait bénéficier également d’un nouveau centre de planning familial, à même de prendre en charge les patientes de ce secteur. « Dans les structures d’accueil de Tenon, où pour le moment il n’y a que des infirmières, nous essayons de mettre en place des moyens médicaux, pour qu’il y ait toujours un médecin disponible pour éventuellement accélérer les choses si dans le circuit normal il y a des problèmes (…) et notamment procéder à des IVG médicamenteuses. »

Josée Pépin, membre du collectif unitaire pour la réouverture du centre IVG de l'hôpital Tenon, n'est pas optimiste mais ne "lâchera pas". Photo: M. Guillon
« La santé n’est pas une marchandise »
Solution que n’accepte pas les différents collectifs des droits des femmes. « Nous voulons que les femmes aient le choix !», s’insurge Josée Pépin. De plus, comme elle le souligne, le 20e arrondissement est l’arrondissement le plus jeune et un des plus grands de Paris. « Je suis allé voir sur Internet les centres IVG en Ile-de-France. Dans le 92, l’hôpital public de Neuilly-sur-Seine, 60 000 habitants, a un centre IVG. Sèvres 25 000 habitants, un centre IVG… C’est bien, mais pour le 20e et ses 200 000 habitants, pas de centre IVG !»
Pour elle, cette réorganisation revient à traiter « la santé comme une marchandise » et les centres IVG comme « des usines à avortement » où finalement la qualité du soin et du suivi ne serait pas au rendez-vous. Elle soupçonne d’ailleurs que cette restructuration fasse partie d’une politique de réduction des coûts de l’AP-HP.
Evaluation des centres IVG
Roland Gonin, lui, ne parle pas de rentabilité mais préfère évoquer l’efficacité et la qualité des soins. « Pour moi, il vaut mieux être dans une structure où les gens font cela de manière organisée et structurée, plutôt que de manière ponctuelle et accessoire. Je pense que la qualité de la prise en charge médicale est plus importante dans un centre un petit peu lourd que dans plusieurs centres éparpillés. »
Les différents collectifs et le directeur de l’hôpital Tenon se sont rencontrés à deux reprises, mais chacun campe sur ses positions. D’après Josée Pépin, ils ont prévus de se rencontrer de nouveau à la fin de la mission du Professeur Goffinet, chargé par l’AP-HP de faire une évaluation sur les centres IVG de l’Est parisien et de se pencher en particulier sur le cas de Tenon. La mission devrait se terminer d’ici fin juin ou début septembre. En attendant, les associations entendent bien continuer leur combat. « On n’est pas optimistes mais on est déterminées et on ne lâchera pas », conclut Josée Pépin.










