Sandra Chelelekian : « Les conseils de quartier sont un espace de construction collective »

Le75020.fr : Quel bilan faites-vous de ces premières réunions publiques des conseils de quartier ?

Sandra Chelelekian : Globalement positif dans le sens où chaque réunion a permis des échanges constructifs avec les habitants. Les sujets abordés n’étaient pas simples, notamment sur la sécurité et la propreté, ce qui aurait pu amener à des débordements et ça n’a pas été le cas.

Il reste des choses à faire sur l’accessibilité à la démocratie participative. Il faut permettre à tous de pouvoir s’investir. C’est une forme de lutte contre l’isolement dans la République. L’objectif n’est pas seulement de faire participer le plus grand monde, mais tous les gens qui en ont envie sans forcément avoir le temps ou les moyens.

Qu’est-ce qui explique cette période de faible activité des conseils de quartier depuis l’élection de la nouvelle équipe municipale en 2008 ?

S. C. : Il y a d’abord eu une phase de réflexion au début de la mandature sur ce que nous voulions faire des conseils de quartier. C’est vrai qu’il n’y a pas eu de réunion plénière pendant un moment mais certaines commissions se sont quand même réunies et des concertations ont été organisées notamment sur l’aménagement des squares Casque d’Or et Séverine. Aucun projet structurant pour le 20e n’a été lancé sans une concertation préalable en réunion publique ou avec une commission de conseil de quartier.

Pourquoi avoir changé le mode de désignation des conseillers de quartier ?

S. C. : Au début de la mandature la volonté a été d’agrandir le collège des tirés au sort avec l’objectif de donner un nouveau souffle aux conseils des quartiers. Une première hypothèse a même été de ne prendre que des tirés au sort. Cela n’a pas trop plu aux représentants des partis politiques et des associations. Après en avoir débattu avec eux, nous sommes revenus à la solution des trois collèges (tirés au sort, partis politiques et associations) en augmentant le nombre des tirés au sort. Les partis et les associations regroupent des gens très investis dans la vie locale, et c’est tant mieux, mais il ne faut pas oublier la masse silencieuse.

Une des difficultés actuelles, c’est la transmission entre les anciens conseillers de quartier et les nouveaux. Là, il y a une coresponsabilité de la mairie et des conseillers. Ce n’est pas simple pour les tirés au sort qui ne connaissent pas forcément les rouages de la Ville de Paris et la façon dont s’organisent les réunions en commissions. Certains anciens conseillers n’ont pas toujours su quoi transmettre de leurs anciennes activités aux nouveaux alors que d’autres l’ont fait spontanément. Du côté de la mairie, nous avons manqué de moyens pour soutenir cette transmission.

Certains conseillers de quartier ont exprimé la crainte de voir l’expression dans les conseils de plus en plus contrôlée par la majorité municipale jusqu’à devenir un alibi participatif pour les décisions prises par la mairie. Qu’avez-vous à leur dire ?

S. C. : Nos difficultés et notre manque de moyens au démarrage de la nouvelle mandature ont été mal perçus par certains conseillers. L’incompréhension s’est installée. J’ai l’impression que cette méfiance est quasi-inhérente à la démocratie représentative.

Si on peut démontrer que les conseils sont un espace de construction collective on fera la preuve que cette crainte est infondée. Nous avons été élus sur un programme que nous mettons en œuvre mais les conseils de quartier restent pour nous le moyen de le confronter aux attentes des citoyens.

Par exemple, les conseils de quartier sont associés aux projets GPRU et nous travaillons étroitement avec eux afin de les adapter aux besoins du territoire. Pour la Porte de Montreuil, nous avons obtenu l’année dernière qu’une bibliothèque de 1 500 m2 soit construite sur l’îlot Lagny. Cet équipement n’était pas prévu dans le projet d’origine alors qu’il répondait à une réelle attente des habitants. Elle ouvrira ses portes d’ici 2015. On peut citer également l’exemple de la construction d’une crèche dans le quartier Fougère qui a pu être intégrée dans le projet GPRU de la Porte des Lilas.

Sandra Chelelekian est conseillère d’arrondissement, adjointe à la maire du 20e chargé de la démocratie locale, des aînés et de la solidarité intergénérationnelle.