ADL rappeur du 20e : « On fait de l’exercice de style »

ADL dénonce le laxisme des autorités en matière de drogue qui permet "d'écarter l'insurrection" selon lui. Photo : P. Bohm
Le75020.fr : Si tu devais te présenter artistiquement ?
ADL : Je fais du rap de rue. Je rappe les galères de tout le monde, avec beaucoup de second degré, de l’égotrip et du freestyle.
Et personnellement ?
ADL : J’ai 26 ans. Je suis trash, sincère et lunatique.
Racontes-nous tes débuts dans le rap…
ADL : J’ai commencé en 2001, vers 16 ans avec un pote, Bry. On kiffait le rap, on écoutait beaucoup de son. Et puis on s’est dit « pourquoi pas nous ? » On a franchit le pas en collaborant avec DJ Saïd, un type avec une bonne oreille musicale. Il a su nous guider vers le rap qu’on balance aujourd’hui.
Quelles sont tes influences ?
ADL : J’écoute beaucoup de rap français, j’ai commencé avec Arsenik. Dans le groupe c’est Lino que je préfère, c’est un très bon auteur, il a beaucoup de culture, il rappe dur et bien et pratique le second degré. J’aime le rap bien écrit. J’aime bien aussi Nessbeal, Salif, ou Youssoupha par exemple.
Ton album s’appelle Première Frappe. Pourquoi ce titre ? Combien de temps as-tu mis à le faire ?
ADL : La frappe c’est une référence au monde de la drogue. Quand tu as un bon produit, tu dis « c’est de la frappe ». J’estime que mon rap est bon. Quand j’en parle, je dis « c’est une frappe ». Premier projet donc Première frappe. Il y a certains morceaux qui ont été fait vite fait d’autres plus dans la durée. J’ai mis un an, un an et demi. C’est un puzzle.
Tu dis dans l’intro que ta vie c’est un long enchainement d’années sabbatiques. Qu’as-tu voulu dire par là ?
ADL : Je n’ai jamais vraiment travaillé dans ma vie, sans rentrer dans les détails. J’ai toujours fait ce que je voulais quand je voulais, je me suis beaucoup détendu… Mais là, je sors de prison, et je compte faire un retour à la vie un peu plus encadré.
Pourquoi avoir fait des featuring avec Al Kapote et Grodash ?
ADL : Grodash est un pote. On voulait depuis longtemps faire un morceau ensemble. Là c’était l’occasion. Al Kapote, c’est un morceau que j’ai récupéré sur la compile phonographe 3 d’un ami qui n’est jamais sortie. Actuellement le mec est en prison, je lui passe d’ailleurs une grosse dédicace.
Tu dis que tu es « conçu pour durer ». C’est une référence à l’album de 1995 de la Cliqua ?
ADL : Non. Je suis pas mal endurant dans la musique, j’arrive à sortir des sons tout le temps. En prison, à la fac, ou à l’école, j’ai toujours écris. Je suis une machine à écrire.
Dans Le Message tu dis aussi que « la skunk nous ralentit le cerveau pour éviter l’insurrection… »
ADL : Le meilleur exemple, c’est celui des prisons. C’est une vraie passoire. Le shit ça ne sonne pas au portique de sécurité donc c’est facile à faire entrer. Tout le monde fume et l’administration le sait. Ils se disent que s’ils l’enlèvent les gens deviendront incontrôlables.
Dans les cités, les mecs sont ramollis par le shit. Les conditions de vies sont déplorables. On pourrait les dénoncer à plus grande échelle. Avec le shit, les gens sont endormis, inactifs, avachis. Moi, perso, je ne fume pas. Mais beaucoup de potes niquent leur vie et leur motivation à cause de ça.
Toujours dans ce morceau, tu appelles aussi les titpeu à ne pas « sacrifier leur jeunesse pour passer pour des chauds ». Pourtant, la violence et l’illicite sont omniprésents dans tes textes. N’y a-t-il pas une contradiction ?
ADL : Je raconte ma vie. Je ne dis pas au gens de le faire. Je sais pertinemment qu’en 2010, ce n’est pas ma musique qui va encourager les titpeu à aller braquer. Au cinéma, avec l’image, l’impact est plus fort et pourtant on ne fait pas ce reproche ! Je vois que les petits de mon quartier prennent la relève sur le mauvais exemple qu’on leur a donné. Je me sais écouté par les petits donc je leur dis « serrez des meufs, allez à l’école, essayez de construire quelque chose de bien ».
Tu peux écouter du rap dur mais cela ne doit pas influencer ta vie, sinon c’est que t’as rien compris. Ce que je fais, c’est du divertissement, du second degré, comme quand tu joues à Street Fighter, c’est pas pour ça que tu vas sortir et casser la gueule à quelqu’un.
Quel est ton rapport au commercial ? Tu dis dans un des morceaux « Bientôt je bastonnerai les ondes hertziennes » et dans le suivant « j’attend même plus que le succès suive ». Explique-nous cette contradiction…
ADL : Entre ces deux morceaux il y a du temps qui est passé. Parfois, tu en a marre de ne pas voir l’estime venir, c’est ce qui me pousse à dire que je n’attends pas le succès. J’ai écris l’autre chanson à un moment où j’avais confiance en moi et en ce que je faisais. S’il y a une opportunité commerciale tant mieux. Mais si j’ai une reconnaissance des mecs de la rue, ça sera de la bombe atomique.
A peine l’album sorti, un mec dans la rue est venue me « tchek ». C’est une bête de reconnaissance pour moi. Mais j’ai pas l’état d’esprit d’envoyer des maquettes. Tu fais ton buzz, tu te débrouilles et quand tu auras fait un minimum de bruit tu attireras l’attention. J’ai encore du chemin à faire et encore plein de morceaux à sortir.

L'album D'ADL, sorti en téléchargement gratuit début juillet, représente un an et demi de travail. Photo : P. Bohm
Dans Heureux comme ça, tu expliques que tu te sens bien dans la galère… Et dans Parce que, tu demandes « où est le bonheur », tu parles d’« euphorie éphémère », on dirait un peu la face A puis la face B, une version officielle puis une version officieuse…
ADL : C’est ça. Dans Heureux comme ça, j’essaie de dédramatiser. C’est du second degré. Il y a des bons trucs dans les cités. Certes, on a des galères, mais on est heureux comme ça parce qu’on s’est habitué à cette galère. On apprécie aussi la chaleur entre les gens. On traverse des péripéties. L’autre morceaux, j’étais un peu triste, il est plus profond.
Dans Tchek, tu dis « fuck le piratage sur le net, tu soutiens, tu kiffes, mais pour son travail ta même pas 10 keus à mettre ». C’est une prise de position anti-piratage. Pourtant ton album est en téléchargement gratuit….
ADL : Pour Nessbeal, ils sont 40 000 à cliquer sur ses sons, sur ses clips sur internet, alors que les ventes du type ne décollent pas. C’est dommage qu’on ai perdu la culture de l’achat de musique. Beaucoup de rappeur talentueux ont arrêté car ils peuvent pas en vivre.
En ce qui me concerne, je veux faire tourner Première Frappe au maximum. Si le public me suit, peut être que le prochain sera mis en vente. Comme dans un supermarché avec les échantillons de fromages. Tu goutes, si tu aimes, tu achètes.
Ton rap n’est pas lié à l’actualité, pas militant. Pourtant le militantisme est l’essence du hip hop…
ADL : Certes, à la base, le rap est né pour revendiquer. Qu’est-ce que ça a fait avancer ? Aujourd’hui, on fait de l’exercice de style. Il y a des mecs qui écoutent du rap américain sans même comprendre les paroles. Si demain, j’ai un truc a revendiquer je le ferai. Mais je ne veux pas m’axer que sur ça.
Tu es aujourd’hui en semi liberté…
ADL : J’ai fait des conneries de mecs de cités. En sortant, je veux me mettre à fond dans le rap. Je vais aussi taffer à côté, j’ai des ouvertures.
L’illicite c’est fini ?
ADL : Seul l’avenir le dira mais j’espère que c’est fini. J’ai la volonté pour.
Quel est ton lien avec le 20e arrondissement ?
ADL : Je suis à Porte de Vincennes depuis que je suis né. J’aime , je connais un mec dans chaque quartier du 20e jusqu’à Belleville. J’aime la porte de Montreuil, la rue d’Avron, la place Gambetta, les chichas, jusqu’au Père Lachaise. Il ya plein d’endroit que je sillonne. C’est ici mon QG.
Télécharger l’album d’ADL légalement et gratuitement
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