Orka et Yann Tiersen explorent l’âge de pierre à la Maroquinerie

Dans un tonnerre folk, Matt Elliott fait pleuvoir des cordes d'acier et de nylon sur la Maroquinerie. Photo : Laurent Pasquier
Entre sa guitare acoustique et sa guitare électrique, Matt Elliott pourrait ne plus savoir où donner des doigts. Mais c’est avec aisance qu’il s’en tire, et va même jusqu’à provoquer un tonnerre folk, à travers les couches sonores qu’il superpose au moyen d’une pédale d’effets. Il pleut des cordes de nylon et d’acier sur la Maroquinerie. Un déluge pour lequel il s’adjoint le souffle d’une flûte à bec et d’un mélodica.

Du classique à l'électro, Chapelier Fou cache plus d'un lapin sous son Borsalino. Photo : Laurent Pasquier
Jungle touffue
Pour cette soirée carte blanche au label nancéien Ici d’Ailleurs, la salle du 23, rue Boyer reçoit ensuite un autre poulain tout aussi multi-instrumentiste et talentueux. Empoignant à tour de rôle mandoline, violon, guitare et clavier, Chapelier Fou livre un set dont les titres tiennent parfois plus de la performance que du morceau au sens habituel du terme. L’air frémit, vibre puis vrombit. Bien qu’il lui arrive d’être intimiste et de lorgner vers le classique, sa musique n’hésite pas à plonger aussi dans une jungle si touffue qu’elle n’a plus rien à voir avec le jardin bien taillé de la reine de cœur d’Alice au pays des merveilles…

Venu des îles Féroé, Orka partage ses expérimentations musicales avec Yann Tiersen. Photo : Laurent Pasquier
«Vous avez pris des somnifères ?»
Puis c’est au tour d’Orka. Tout droit venu des îles Féroé, à quelques vagues de l’Islande, le groupe n’est pas sans évoquer Björk. Mais c’est au côté d’un célèbre Breton qu’il s’installe sur scène. Invité par la formation, Yann Tiersen se fait toutefois discret. Au lieu de montrer la palette d’instruments qu’il maîtrise, il se contente d’une pédale d’effets et d’une sorte de violon longiforme dépourvu de coffre. Et il ne prend la parole qu’une fois, pour demander aux spectateurs : «vous avez pris des somnifères ?». Il est vrai – et c’est regrettable – que le public de la Maroquinerie ne présente pas, en ce 6 octobre, son cuir le plus dur.

Bruitisme industriel ou chamanisme paléolithique, Orka explore des friches musicales variées. Photo : Laurent Pasquier
Caverne paléolithique
Cela n’empêche pas Orka de déployer ses talents à travers une étonnante batterie d’ustensiles. Baril, bouteilles de plastique, bambou et même une meule peuplent l’espace sonore. Et façonnent des ambiances à la fois diverses et étonnantes. Explorant tantôt un bruitisme industriel décomplexé, tantôt d’aériennes compositions vocales, la formation excelle lorsqu’elle choisit la manière brute. Ses rythmes tribaux et ses chœurs chamaniques semblent alors tout droit sortis d’une caverne du Paléolithique. Rien d’étonnant à ce qu’Orka ait marqué les Transmusicales de Rennes de 2008 : quelle meilleure manière d’entrer en transe ?
Rédaction : Frédéric Rieunier
Photos : Laurent Pasquier (www.myspace.com/ashelone)
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La Maroquinerie, 23, rue Boyer, 75020 Paris |










