Art et handicap : le talent jaillit au Pavillon Carré de Baudouin
« Le CAT a une âme ». Voilà ce que montre cette exposition d’art brut selon Viviane Condat, la directrice générale et fille de la fondatrice du Centre d’Aide par le Travail (CAT) de Ménilmontant. L’exposition Essentiel, 40 ans d’art brut et singulier à Ménilmontant se tient depuis le jeudi 11 juin jusqu’au 25 juillet 2010 au Pavillon Carré de Baudouin. Toutes les toiles et sculptures exposées sont l’œuvre de personnes en situation de handicap mental léger ou moyen, travaillant au CAT.
« Une énergie créatrice qui jaillit »
« Cette exposition représente une vraie prise de parole politique et sociale. On veut montrer que cette forme d’art à sa place, que ces créateurs produisent des œuvres majeures, qui méritent d’être exposées », explique Charles Myara, le commissaire de l’exposition. « Les peintures, comme les sculptures d’ailleurs, sont créées par les artistes de manières très instinctives, comme une sorte d’énergie créatrice qui jaillit. »
C’est pourquoi la plupart des œuvres ne comportent pas de titres, car les artistes n’ont souvent pas la capacité de faire le travail de réflexion et de synthèse nécessaire à la création d’un titre. Néanmoins, les œuvres sont des explosions de couleurs qui saisissent au premier regard.
Rachid, la rose et le court métrage
Rachid manipule avec dextérité un des dépliants de l’exposition. Les pliages s’enchainent. Avec un regard malicieux, il le porte à sa bouche et souffle dedans. Le corps de la rose vient d’apparaitre. Il ne reste plus qu’à créer les pétales, une tige, et à l’offrir à une monitrice du centre qui l’accepte tout sourire avant de l’épingler à sa boutonnière. Rachid raconte, aidée par la monitrice, que lui aussi fait partie du CAT mais qu’il a joué dans un court-métrage tourné au CAT dans lequel il interprète avec une monitrice un couple d’amoureux enlacée dans la rue, se confrontant aux regards des gens « normaux ».
Le réalisateur de ce court-métrage, Si tu savais, est Majid Wannass, par ailleurs moniteur au CAT : « Le sujet du handicap est souvent montré avec misérabilisme. On montre toujours les personnes handicapés comme des gens diminués. Nous, on a voulu le montrer avec poésie et promouvoir le droit au respect. Le but est de montrer que les sentiments sont aussi forts chez eux que chez nous, et seul la façon de les exprimer change. » En ce moment, le court-métrage est en phase de montage.
« Combattre pour la dignité des personnes handicapées »
« Ma mère a fondé ce lieu il y a 40 ans pour combattre pour la dignité des personnes handicapées », explique Viviane Condat. « Avant on les cachait. Elle a été porteuse des idées de tolérance bien avant qu’elles ne viennent sur le devant de la scène. » Pendant qu’elle parle, une personne trisomique vient poser la tête sur son épaule. Elle l’embrasse et lui sourit : « on rayonne de faire ce travail. »












