Rabah et Still Fresh tournent leur clip 09/06/10

Rabah et Still Fresh tournent leur clip

Première scène de la journée : l'agression d'un jeune homme par un chien. Photo : M. Guillon

Première scène de la journée : l'agression d'un jeune homme par un chien. Photo : M. Guillon

Samedi 29 mai 2010, Rabah Nait-Oufella, jeune rappeur du 20e arrondissement, réalisait son premier clip, Trop d’avance, en featuring avec Still Fresh. Rendez-vous est pris rue Orfila, à côté du bar 1929, où Rabah, qui a une formation de cuisinier, travaille.

Dans la cour de l’immeuble, c’est un sacré remue-ménage. Une équipe technique d’une douzaine de personnes s’active pour mettre en place les éléments de la première scène de la journée : l’agression d’un jeune homme par un chien. Rabah assiste à la scène, vêtu d’un t-shirt barré de son nom. Au dos, le signe « Aza », la lettre Z de l’alphabet berbère, symbole de la Kabylie. Une façon de rappeler ses origines auxquelles il est très attaché. Il est entouré de ses amis les plus proches comme Abdel, son manager et Mob, avec qui il a déjà rappé plusieurs fois.

La bouteille est faite de glucose ce qui permet de ne pas assommer l'acteur. Photo: M. Guillon

La bouteille est faite en glucose ce qui permet de ne pas blesser l'acteur qui la reçoit sur la tête. Photo : M. Guillon

La rixe dans le bar

Il faut « casser » comme on dit dans le jargon. C’est à dire démonter le matériel pour le remonter sur le prochain décor. La scène suivante se tourne dans le bistro 1929. Mourad, le gérant a accepté de perdre un samedi de recette pour prêter son bar : « Rabah, c’est un mec qu’on apprécie donc on lui file un petit coup de main ». Le jeune rappeur s’active dans la courette, monte sur un escabeau pour détacher des morceaux de gaffer, une sorte de ruban adhésif utilisé en photo et cinéma. Ou quand le personnage central du clip fait le travail d’un stagiaire régie. Son investissement et sa simplicité forcent l’admiration. Une fois toute l’équipe mise en place, « ça tourne ».

Scène de rixe entre un barman et un client saoul, qui lui explose une bouteille au visage. Assis sur une chaise de bar, le rappeur Still Fresh, invité par Rabah, pose son couplet. A 16 ans, Fresh, pour les intimes, a déjà tourné plusieurs clips et il est apparu sur des morceaux dont un avec Seth Gueko et Aketo ex-Sniper. « Rabah, je l’ai rencontré en studio à Bastille où l’on enregistrait tous les deux », explique-t-il. Cela fait déjà 4 ans que Still Fresh rappe. Il vient de sortir un morceau avec Taïro, Je sais d’où je viens. Il devrait sortir son premier album à la rentrée.

Le réalisateur Jean-Eudes Monachon donne des consignes à Rabah. Photo: M. Guillon

Le réalisateur Jean-Eudes Monachon donne ses consignes à Rabah avant une prise. Photo : M. Guillon

« Un budget fait de bouts de ficelles »

La pause déjeuner est l’occasion de discuter avec le réalisateur du clip Jean-Eudes Monachon. Il a rencontré Rabah, qui est aussi acteur, sur son court-métrage Le Souricier, diffusé en festivals. « Pour ce clip, l’idée est de s’éloigner du clip bateau, qui consiste à filmer le rappeur dans son environnement. Nous avons voulu mettre en scène des actions à connotation négative, comme l’agression du chien ou la rixe dans le bar. Pour mettre de la distance entre les rappeurs et ces actions, on tourne les couplets à vitesse normale, et les agressions au ralenti, à 100 images par secondes au lieu de 23. »

Toute l ‘équipe, lui le premier, est bénévole. C’est l’entourage de Rabah qui s’est cotisé pour la location du matériel. « On a vraiment un budget fait de bouts de ficelles », raconte Abdel, le manager gargantuesque de Rabah, qui, taquin, le surnomme John Coffey, du nom du personnage de La ligne verte.

Rabah pose avec ses copains de quartier. Photo M. Guillon

Rabah pose avec ses copains de quartier. Photo : M. Guillon

« Mademoiselle, vous voulez participer au clip ? »

La journée de tournage se poursuit rue Fernand Raynaud, un escalier du 20e qui donne dans la rue des Cascades, le quartier d’origine de Rabah. Il doit descendre l’escalier où sont présents tous ses copains de quartier. L’ambiance sur place est très bonne. Pourquoi tourner ici ? « Pour montrer aux mecs de mon quartier que je ne les oublie pas. »

Certains des figurants du clip s’échauffent à leur façon pour la scène très peu sportive à venir. Au milieu d’eux, un gamin de 10 ans nommé Lamine et qui prétend rapper depuis qu’il a « trois ans » enchaîne les freestyles sous les acclamations. Entre chaque prise, on laisse passer les gens qui veulent emprunter la rue-escalier. Ils ne sont parfois pas très rassurés de passer au milieu de tous ces jeunes surchauffés. Les filles sont gentiment apostrophées : « Mademoiselle, vous voulez pas participer au clip ? » Un clip, qui passera en post-production et au montage, avant d’être diffusé d’ici un mois.

Bistro 1929 – 49, rue Orfila, 75020 Paris