Portrait de sœur sur grand écran 15/03/10

Portrait de sœur sur grand écran

Une jeune fille enjouée brisée par cinq ans d'internement. Photo : filmsduparadoxe (2007)

Une jeune fille enjouée brisée par cinq ans d'internement. Photo : filmsduparadoxe (2007)

Elle s’appelle Sabine, souffre d’autisme et a été internée à 28 ans, pendant cinq ans, avant d’être accueillie dans une structure adaptée à sa pathologie. Sa sœur aînée, la comédienne Sandrine Bonnaire, nous fait le récit de cette vie, broyée par un système de prise en charge défaillant, à travers ses images personnelles filmées en Super 8 et celles tournées aujourd’hui dans un foyer d’accueil en Charente.

« Ce documentaire nous permet de croiser la thématique de la famille choisie cette année par le groupe de programmateurs composé d’habitants du quartier avec celle du handicap, explique Catherine Janvier, chargée de l’administration de l’association Belleville en vue(s). C’est aussi et surtout le beau regard d’une sœur sur sa cadette. »

Un hommage aux accompagnants des handicapés mentaux. Photo : filmsduparadoxe (2007)

Un hommage aux accompagnants des handicapés mentaux. Photo : filmsduparadoxe (2007)

Intime sans être voyeuriste

Au Centre d’animation Louis Lumière, le silence prolongé des spectateurs une fois les lumières rallumées témoigne de l’émotion ressentie pendant la projection. Impossible en effet de rester insensible devant tant d’amour et de tendresse, même lorsque certaines images deviennent difficiles à supporter. Car rien ne nous est épargné.

Sandrine Bonnaire nous montre sans honte ni complaisance les insultes, les crachats, les excès de violence que sa sœur fait subir aux autres et qu’elle retourne parfois contre elle-même. La frontière avec le voyeurisme reste mince, mais la comédienne filme à bonne distance.

Le choc devient d’autant plus rude lorsqu’on voit apparaître les images de Sabine jeune. Une jolie fille, souriante et enjouée, jouant du piano et sautant dans les vagues. Après cinq ans d’internement, la voici donc obèse, tremblante, hypotonique, cherchant constamment les limites dans la communication avec l’autre et terriblement angoissée à l’idée de se retrouver seule au point de s’automutiler.

Sandrine Bonnaire fait toutefois preuve d’honnêteté en se demandant à la fin si la dégradation de son état résulte bien de son passage en hôpital psychiatrique ou simplement de l’évolution de la maladie dans le temps.

La pénurie des centres spécialisés

Selon Carole Thon, cadre associatif de l’Association française contre les myopathies, chargée d’animer le débat suivant la projection : « l’hôpital est un lieu de soins, pas un lieu de vie. Cette histoire s’avère exemplaire car elle montre ce qui devrait être de l’ordre du droit commun, c’est-à-dire un centre qui offre un cadre de vie sécurisant et bénéficie de la présence d’un psychiatre. » Elle insiste ainsi sur le parcours du combattant de la famille pour une prise en charge adaptée de leurs enfants, notamment après 20 ans, tout en dénonçant le manque de personnel et de financement qui découle d’un choix politique.

En dehors du portrait attendrissant d’une sœur, Elle s’appelle Sabine rend effectivement un brillant hommage à l’extraordinaire patience et au courage de tous ceux qui accompagnent au quotidien les personnes en situation de handicap.

Ciné-citoyens Cycle famille
Elle s’appelle Sabine
, de Sandrine Bonnaire
Rediffusion jeudi 18 mars à 19h30,
Centre d’animation Place des fêtes,
2/4, rue des Lilas, 75019 Paris.

Entrée libre

Retrouvez le programme de Belleville en vue(s)

Centre d’animation Place des fêtes – 2/4, rue des Lilas, 75019 Paris