Le quartier de la Réunion en émoi après le décès de Marie

Au lendemain de l'annonce de la mort de Marie Journot, les jeunes du quartier sonhttp://le75020.fr/wp-admin/post.php?action=edit&post=17528t venus au pied de son immeuble pour lui rendre hommage. Photo : M. Guillon

Au lendemain de l'annonce de la mort de Marie Journot, les jeunes du quartier sont venus au pied de son immeuble pour lui rendre hommage. Photo : M. Guillon

Les habitants du quartier de la Réunion étaient en émoi mercredi 21 juillet, à l’annonce de la mort de Marie Journot des suites de ses blessures. Marie, 63 ans, était maintenue dans un coma artificiel depuis une semaine, après avoir été grièvement brûlée dans l’incendie de son appartement. Le feu avait été déclenché dans la nuit du 14 juillet par une fusée de feu d’artifice tirée dans la rue par un jeune du quartier et tombée sur le balcon de la victime.

Ce mercredi, Pascal Joseph (adjoint à la maire du 20e arrondissement, chargé de la prévention et de la sécurité) a tenu à se déplacer sur les lieux du drame pour annoncer la mauvaise nouvelle. Plusieurs habitants ont profité de sa présence pour se plaindre de la dégradation du quartier, avec en ligne de mire, l’impasse des Orteaux. Depuis plusieurs mois, des jeunes gens du quartier se regroupent tous les soirs au croisement de cette impasse et de la rue des Orteaux. Là, ils passent la nuit à discuter, bruyamment. Les habitants se plaignent aussi des rodéos en scooter, des pétards qui explosent toute la nuit en période de fête et des trafics.

« Ils vont vouloir faire un exemple avec lui »

Karim, un des frères de l’adolescent mis en examen dimanche 18 juillet craint que ce dernier fasse les frais d’un amalgame au moment du procès. « Ils vont vouloir faire un exemple avec lui. J’espère que les juges verront qu’il n’a jamais eu de problème avant cette histoire. Ce soir-là, il jouait dehors comme plein de jeunes parce qu’il était en vacances et que c’était le 14 juillet. Il a voulu essayer d’allumer un pétard pour faire comme les autres et ça a été l’accident. C’est terrible ce qui est arrivé, mais c’est un accident. » « C’est vrai qu’on fait du bruit et qu’on dérange les gens », admet un jeune homme devant l’impasse des Orteaux, « mais ça n’a rien à voir avec l’accident. Le garçon qui a allumé le pétard le soir de l’incendie ne traîne jamais ici. »

Marie était conseillère de quartier, comme l’était son époux sous la précédente mandature. Elle était particulièrement attentive à la jeunesse. « Elle était très préoccupée par les personnes en situation de grande fragilité », se rappelle le fondateur du centre social Etincelles, Pierre Mignot, « avec une attention sur les jeunes et les personnes handicapées. Elle réclamait en permanence que des moyens soit mis à disposition des associations pour pouvoir travailler avec les jeunes et leur proposer quelque chose pour faire évoluer la situation sur la rue des Orteaux. Elle parlait avec son cœur et disait ce qu’elle avait à dire, ce qui est important dans une vie de quartier. »

« Marie était bien connue dans le quartier, et elle et son mari avaient beaucoup œuvré pour les jeunes », explique François Grandeau, président de l’association Les petits Pierrots. « C’est triste. C’est quelqu’un de bien qui est mort », se désole un des jeunes présents au moment du drame.

Certains habitants n’hésitent pas à prendre la défense des jeunes du quartier et beaucoup s’insurgent contre les médias qui parlent de la rue des Orteaux comme d’une zone de non-droit. « Ce ne sont pas des anges, mais il ne faut pas déconner, assure une jeune femme. Beaucoup de personnes passent tous les jours ici sans problème. La police passe régulièrement aussi. Ce n’est quand même pas la cité des 4000. »

« Est-ce qu’on les met à l’honneur quand ils sauvent la vie de quelqu’un ?»

Beaucoup tiennent aussi à souligner que ce sont ces mêmes jeunes qui sont entrés dans l’immeuble pour réveiller les habitants et les faire sortir avant l’arrivée des secours. « Est-ce qu’on les met à l’honneur quand ils sauvent la vie de quelqu’un ?», s’interroge une habitante.

L'immeuble du 93, rue de la Réunion porte encore les stigmates de l'incendie. Photo : M. Guillon

L'immeuble du 93, rue de la Réunion porte encore les stigmates de l'incendie. Photo : M. Guillon

Agé de 26 ans, B. que ces amis surnomment Tête, raconte comment il a fait sortir l’époux non-voyant de Marie de l’appartement en feu avec l’aide d’un voisin : « Depuis chez moi j’ai entendu des gens dans la rue qui criaient au feu. Je suis sorti pour voir et avec des amis nous sommes montés dans l’immeuble pour taper à toutes les portes. » Au 2e étage, il tombe nez à nez avec Henri. « Je l’ai pris par la main pour le faire sortir et il m’a dit que sa femme était restée à l’intérieur. J’ai mis le col de ma veste sur mon visage pour retourner dans l’appartement, mais il y avait déjà trop de fumée. J’ai dû reculer. Avec un de ses voisins, on a fait sortir le monsieur dans la rue et je me suis aperçu qu’il n’avait pas d’habit sur lui alors je lui ai donné ma veste. J’ai dit aux pompiers qui venaient d’arriver qu’il y avait encore une dame à l’intérieur. »

Rachid J., voisin de palier de la victime, estime qu’il aurait pu y rester lui aussi sans cette intervention. « Il y a des barreaux à toutes les fenêtres de mon appartement car il donne sur le toit de la maternelle qui est au pied de l’immeuble. Si les flammes avaient atteint ma porte, je n’aurais pas pu sortir. »

« C’est trop facile de laisser ses enfants foutre le bordel »

Malgré tout, la mort de Marie fait émerger le ressentiment de certains habitants. Devant Pascal Joseph, ils ont ainsi réclamé des mesures, notamment davantage d’implication de la police dans le quartier. D’autres sous le coup de l’émotion, accusent directement les familles de ces jeunes. « C’est trop facile de venir en France pour trouver du travail et de laisser ses enfants foutre le bordel », s’emporte une femme. « Nous, on travaille toute la journée et quand on rentre on ne dort plus. »

Un autre groupe d’habitants, de concert avec François Grandeau, président de l’association de prévention Les petits Pierrots, bien connue et appréciée des jeunes du quartier, accusent la mairie d’abandonner la jeunesse en laissant mourir l’association (menacée d’expulsion pour défaut de paiement de loyer). Parmi eux, Carole, une ancienne résidente du quartier. « Quand vous vivez à cinq ou six dans un trois pièces, il faut s’attendre à ce que les jeunes préfèrent passer leurs journées dehors. Le problème, c’est qu’ils n’ont plus de local où ils peuvent se retrouver. Du coup ils squattent la rue. »

« Je comprends le désarroi des résidents, mais c’est trop facile de les stigmatiser », déclare-t-elle. « Ils n’ont pas un mauvais fond. Je suis sûr que si une femme se fait piquer son sac en face d’eux, ils iront l’aider. Si au moins quelqu’un voulaient bien les écouter. »

François Grandeau, président des petits Pierrots, redoute la disparition de son association et les conséquences pour le quartier. Photo : M. Guillon

François Grandeau, président des petits Pierrots, redoute la disparition de son association et les conséquences pour le quartier. Photo : M. Guillon

Dialogue de sourd

Pour Pascal Joseph, la mairie joue son rôle en matière de prévention, notamment avec le Club des Réglisses, créé à cet effet. Les jeunes concernés ne semblent pourtant pas connaître ce club, ni ses dirigeants. Chacun campant sur ses positions sur la manière d’enrayer le phénomène, un dialogue de sourd s’est installé entre l’élu et les jeunes. « Il faut qu’il y ait un mort pour que vous vous déplaciez », lance l’un d’eux.

Selon François Grandeau, il faut des années pour qu’un centre de prévention soit accepté par les jeunes. « J’ai monté Les petits Pierrots il y a plus de vingt ans. Tous les jeunes me connaissent et me respectent parce que je viens du quartier et que j’y vis depuis longtemps. Je les ai tous connus quand ils étaient petits. Je suis donc légitime à leurs yeux. Mais la mairie a décidé de créer de nouveaux centres en supprimant les anciens, avec en plus des personnes qui ne sont pas forcément du quartier. Même s’ils font du bon boulot, comment voulez-vous qu’il y ait un suivi ?», s’insurge-t-il.

L’adjoint au maire ainsi que plusieurs habitants ont demandé aux jeunes de faire moins de bruit et ont lancé un appel au calme pendant quelques jours, pour respecter la victime. Jeudi soir, plusieurs de ces jeunes sont venus spontanément déposer des fleurs au pied de l’immeuble pour rendre hommage à Marie.

75020 Paris, France

Quartier de la Réunion – 75020, Paris