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Pas de terrasse, une devanture discrète et une décoration sobre : au cœur du très dynamique quartier de Belleville, le Café social de la rue de Pali-Kao passerait presque inaperçu. Un peu comme sa clientèle. Des consommateurs pas tout à fait comme les autres, puisque le lieu est dédié aux migrants âgés, les chibanis (cheveux blancs, en arabe), dont la plupart sont originaires d’Afrique du Nord.

Le Café social offre un espace de rencontre convivial pour les migrants retraités. Photo : M. Guillon
Briser l’isolement de ces retraités, c’est l’objectif de Moncef Labidi, le directeur de l’association Ayyem Zamen (le temps jadis), lorsqu’il ouvre le Café social il y a sept ans. Ici, on peut boire un thé pour pas cher, jouer aux dominos ou discuter. L’association organise même des sorties à la mer et à Paris pour ses adhérents. Conditions requises : avoir plus de 55 ans et s’acquitter des frais d’inscription annuels, fixés à 10 euros. La formule semble fonctionner : depuis 2003, la structure compte 1800 adhérents. Un second café de ce type a d’ailleurs ouvert ses portes en 2008 dans le 18e arrondissement.
Ressource sociale
Espace de rencontre, de discussion, de mixité – si les immigrés maghrébins sont majoritaires, ils sont loin d’être les seuls à fréquenter l’endroit-, le Café social est aussi un lieu d’écoute et de soutien. Deux assistantes sociales et plusieurs éducateurs y travaillent quotidiennement. Ils permettent ainsi un suivi social et aident les adhérents dans leurs démarches administratives. « Ce sont des gens qui sont habitués à ne rien demander et à se faire discrets », confie Moncef Labidi. Souvent analphabètes, ces immigrés, qui connaissent des rapports parfois compliqués avec l’administration, trouvent au Café une vraie ressource sociale. Indispensable pour connaître et faire valoir ses droits.

Moncef Labidi est sociologue. Il a créé le café social en 2003 pour venir en aide à ces vieux migrants qui, par pudeur, ne parlent jamais de leurs problèmes. Photo : M. Guillon
Habitudes de vie
« Confrontés au vieillissement, ils sont souvent dans une grande précarité, raconte Moncef Labidi. Personne n’avait pensé que ces personnes, venues pour travailler, vieilliraient ici ». Beaucoup finissent leurs jours dans les foyers de travailleurs migrants ou dans les hôtels meublés dans lesquels ils ont toujours vécus. « Les gens se demandent souvent pourquoi ils ne rentrent pas au pays, analyse le fondateur du Café social, mais personne ne s’interroge jamais sur les raisons qui les poussent à rester ». De l’autre côté de la Méditerranée, difficile de retrouver sa place au sein d’une famille avec laquelle on n’a pas vécu, d’autant plus lorsque les problèmes de santé arrivent. Là-bas, la retraite, même maigre, est fortement assujettie à l’impôt. Ici, reste un meilleur accès aux soins… et des habitudes de vie.

Malgré leurs difficultés, la plupart des adhérents du café social continuent à aider leur famille restée au pays en envoyant de l'argent. Photo : B. Bonne
Invisibles
Ce n’est pas un hasard si Moncef Labidi a choisi de créer une structure sociale au sein d’un café. « C’est un élément important dans la vie des migrants : en dessous des hôtels meublés, il y a généralement un café. C’est là qu’on se retrouve ». Parler de l’émigration, de l’exil : la chose reste difficile. La pudeur est ce qui caractérise ces hommes. Pour beaucoup, le retour au pays qui a motivé leur vie est devenu inatteignable. Un pied ici, un autre là-bas… ils sont des dizaines de milliers dans ce cas, et pourtant invisibles dans le paysage français.
Le site internet du Café social Ayyem Zamen

















