Conseil de quartier Belleville : l’insécurité fait débat

Mercredi 27 janvier au soir, pour le premier conseil de quartier Belleville de l’année, une centaine de personnes s’étaient réunies à l’école élémentaire du 1, rue Levert. Sandra Chelelekian, conseillère du 20e arrondissement, adjointe à la démocratie locale et participative, a co-animé la soirée avec Christian Tubeuf, président du conseil de quartier. Autour d’eux, une vingtaine de conseillers et d’élus font face au public.

Après un début de séance quelque peu fastidieux présentant l’organigramme type d’un conseil de quartier et le fonctionnement des différentes commissions, le débat entre conseillers et habitants a pu débuter. 40 minutes sous forme de questions-réponses.

Le premier conseil de quartier Belleville de l'année a été rythmé par des débats sur la propreté, l'insécurité, le marché des biffins et la vidéo-surveillance. Photo : V. Legrand

Le premier conseil de quartier Belleville de l'année a été rythmé par des débats sur la propreté, l'insécurité, le marché des biffins et la vidéo-surveillance. Photo : V. Legrand

Propreté et Insécurité

Et les demandes de paroles n’ont pas manqué. Les mains se lèvent, les questions fusent et l’organisation bat de l’aile. Un parent d’élèves joue rapidement les troubles-fête avec trois virulentes interrogations sur l’école élémentaire rue Levert : lieu d’accueil ce soir. Impatient et remonté, il s’insurge contre le manque de propreté et l’insécurité de l’établissement. « La nourriture est infecte. La rue Levert attend parfois plusieurs jours avant d’être balayée. La violence augmente dans cette école. J’ai peur pour mon enfant quand je l’emmène à l’école le matin. » Le ton est donné.

La réponse arrive quelques minutes plus tard : une nouvelle cuisine centrale sera livrée en juin 2011 pour stopper l’achat des repas à une entreprise privée. Les questions de violence et de propreté seront signalées à la mairie et aux services de propreté. « Le concept est simple : je reçois, je transmets », souligne Sandra Chelelekian. Les questions s’enchaînent. Certaines tournent autour des bureaux de poste, des problèmes de circulation, et toujours… la propreté et l’insécurité. La place des Grandes Rigoles et les prostituées au carrefour de Belleville sont en ligne de mire.

En conclusion du premier tour de dialogue, Danièle Hoffman-Rispal députée des 11e et 20e arrondissements s’est excusée de ne pas assister pleinement aux conseils de quartier. Elle venait d’être confrontée à des attaques répétées concernant son manque d’assiduité.

Marché des biffins

Le petit tour de chauffe participative achevée, les deux gros dossiers à l’ordre du jour peuvent être débattus. Le marché des biffins pose encore et toujours problème. La situation est exposée par Fabien Houiller, de la commission Cadre de vie du conseil de Belleville. « Le problème est de savoir qui sont les vrais biffins. Il y a ceux qui revendent des marchandises de récupération pour gagner quelques euros et les autres. Des receleurs qui écoulent une marchandise contrefaite », explique-t-il.

Peu convaincant pour un riverain excédé du boulevard de Belleville. « Les vrais biffins n’existent plus. Ça fait 25 ans que j’habite à Belleville, je suis moi-même chineur et je peux vous dire qu’il ne reste plus que des voyous », intervient le quinquagénaire. « Je ne peux plus rentrer chez moi, mon facteur s’est même fait agressé », ajoute sa voisine. Une autre femme intervient : « Je connais une vieille dame qui vend des objets sur le boulevard. Vendre de petites choses pour se faire quelques euros est une pratique culturelle pour elle. » La question divise.

Fabien Houiller enchaîne : « Les biffins demandent à être reconnus officiellement. Ils demandent des emplacements pour éviter une trop grosse concentration de personnes qui est la première cause d’insalubrité. » « La solution à court terme est l’intervention de la police pour délocaliser les faux biffins », souligne l’expert. Le ton monte. « Mais ils virent les vrais, qui n’ont pas le temps de fuir, et cassent leurs marchandises », s’emporte un riverain.

En attendant qu’une solution soit trouvée, la mairie demande toujours à la police de faire son travail et cherche encore une réponse sociale aux problèmes des biffins. L’expérience du carré des biffins du marché de la porte de Saint-Ouen est observée avec attention.

Vidéo-Surveillance

Le deuxième débat concerne la vidéo-surveillance. Un dispositif qui a reçu l’avis positif de la majorité socialiste à la mairie du 20e. La décision de mettre en place des caméras dans Paris revenant au Conseil de Paris. Une politique dénoncée par les Verts, les communistes et le Parti de gauche.

Dans la salle de l’école Levert, les opposants se font entendre. Pour une habitante du quartier, « Le problème est pris à l’envers. Les solutions viendront de la prévention et non de l’espionnage ». « Je me suis fait agresser plusieurs fois en rentrant chez moi, mais en aucun cas je ne souhaite voir la vidéo dans ma rue », précise-t-elle.

Pascal Joseph, adjoint à la sécurité et à la prévention à la mairie du 20e, prend la parole pour rappeler que sa mairie est « bien de gauche, si certains en doutaient ». Défendant la « vidéo-protection » il a été repris systématiquement en prononçant ces mots par des « Vidéo-surveillance ! » en provenance du public.

Beaucoup d’habitants sont ressortis sceptiques sur la possibilité d’influencer les grandes décisions qui impactent leur vie, ils jugeront de l’efficacité du système à l’occasion de la prochaine assemblée ouverte au public qui devrait intervenir dans quelques mois.

Victor Legrand

Lire le numéro de janvier 2010 du journal du Conseil de quartier Belleville

1, rue Levert, 75020 Paris, France

École élémentaire, 1, rue Levert, 75020 Paris