D’hier à aujourd’hui : la villa des Hauts-de-Belleville 06/02/10

D’hier à aujourd’hui : la villa des Hauts-de-Belleville

Vue de l'immeuble. Photo : Anne Sachs

Né en 1958, le projet d’habitat communautaire des Hauts-de-Belleville s’enracine dans la crise du logement des années 1950. Pour y faire face, le père Thouvenin a l’idée géniale de faire bâtir un immeuble par ceux qui l’habiteront ensuite. Convaincu que c’est en mêlant les âges, les populations et les activités que l’Homme enterre son égoïsme, le père Thouvenin prend au mot la célèbre formule de Proudhon« la propriété c’est le vol » – et remet au goût du jour la coopérative.

A chacun selon ses besoins

Si d’un côté l’habitat coopératif vient épauler l’individu (activités culturelles, loisirs, etc.), celui-ci doit s’investir dans la vie collective. Pour faire face aux départs ou aux naissances qui bouleversent la communauté, un système d’échange d’appartements est mis au point.

De même, les travaux sont réalisés par les habitants de l’immeuble (c’est le système castor) et des gens du métier. La construction en commun par les habitants permet la prise de conscience de l’intérêt d’une gestion collective tout en renforçant les liens entre les personnes. Au passage, ils économisent le coût d’une intervention extérieure.

Contrer l’égoïsme passe par cette rigueur du collectif, ascétique au premier abord, mais source de grands plaisirs. Comme en témoigne l’esprit de camaraderie qui règne dans la villa jusque dans les années 1970.

L'urne de la coopérative datant des années 1950 et servant à correspondre avec le conseil syndical de l'immeuble. Photo : Anne Sachs

La montée en puissance de la société de consommation

En 1971 survint un coup de tonnerre. La loi Chalandon met fin au système coopératif. Elle impose aux habitants de devenir propriétaire de leur appartement.

C’est la fin de l’âge d’or de l’esprit communautaire. Tout au long des années 70/80, la génération des Trente Glorieuses va ainsi progressivement renier la philosophie du père Thouvenin pour s’abriter confortablement derrière la loi Chalandon.

Avec les années 1990 et la génération frappée par la crise, un vent nouveau souffle sur la villa des Hauts-de-Belleville. Bien conscients de la nécessité de réinventer un modèle de solidarité en perdition, les nouveaux arrivants cherchent à préserver l’esprit d’antan en s’accommodant de l’individualisme ambiant.

75020 Paris, France

Villa des Hauts-de-Belleville – 47-49 bis, rue du Borrego, 75020 Paris