Quand on demande à Rabah Nait-Oufella, tout juste 17 ans, quand il a commencé à rapper, il sourit, se tourne vers son grand frère : « C’était quand ? Je me souviens plus. » – « Vers 10 ou 11 ans je dirais. » « Les enregistrements de l’époque sont bien cachés », sourient-ils.
Rabah réfléchit aux thèmes qu’il veut aborder dans son rap et écrit ensuite : « Si je me mets devant la feuille blanche à froid, ça ne vient pas. » L’inspiration, il la trouve dans l’actualité, dans l’Histoire ou tout simplement dans la vie de tous les jours. « J’ai écrit un truc sur l’avortement mais je ne voulais pas prendre parti car je n’ai moi-même pas d’avis tranché sur la question. J’ai préféré raconter l’histoire d’une fille à qui cela arrive pour que chacun ressente ce qu’il veut ». Son rap se veut plutôt « conscient ». « J’essaie de toucher un public différent du public habituel, de me démarquer ».
Actuellement en gestation, un rap à la première personne sur un homme candidat à l’exil et qui va voir son rêve se transformer en cauchemar en arrivant en France. « C’est un type de récit qu’utilise Médine dans plusieurs de ses morceaux racontés à la première personne ». Aux rayons de ses influences Médine donc, pour la profondeur de ses thèmes, ainsi que Youssoupha, pour la finesse de ses rimes ou Diam’s pour son talent bien sûr, mais aussi parce qu’elle a su s’imposer dans un microcosme très masculin.
« Je rappe parce que j’adore ça »
Le jeune homme concentre ses efforts dans le rap avec un objectif en tête : la scène, « la récompense ». « Je travaille toute l’année et après je fais des scènes l’été. C’est là que j’ai les retours du public sur mon travail. Je joue dans des trucs de quartier mais aussi dans le sud de la France. J’essaie de m’incruster dans les festivals. » Rabah a reçu des propositions venant de producteurs mais ne veut pas trop en dire pour le moment. « De toute façon, je ferai ce que j’ai à faire avec ou sans production derrière. Je les ai pas attendus pour rapper ». Des paroles aux actes, il sortira un premier album cette année. Et ce, par amour du rap : « Je rappe parce que j’adore ça depuis toujours. Le cinéma, ça m’est plus tombé dessus par hasard. »
Le tournant d’Entre les murs
Le hasard a pris les traits d’un réalisateur. Laurent Cantet, et son film « Entre les murs » avec François Bégaudeau en prof de français d’une classe plutôt turbulente. Rabah y interprète son propre rôle de collégien parisien. «Il y a eu un an de casting dans mon collège, Françoise Dolto, sous forme d’ateliers. On a appris à se connaître à se familiariser avec la caméra et l’équipe technique pour être le plus naturel possible» Pendant le tournage, «les choses se sont passées au feeling». Même s’ « il y avait des directives pour les scènes principales« .
« A Cannes, on pensait qu’on passerait inaperçu »
A la surprise générale, le film reçoit la Palme d’or à Cannes en 2008. La première pour le cinéma français depuis Sous le soleil de Satan de Maurice Pialat en 1987. Et si l’annonce de la récompense par le jury présidé par Sean Penn a été une grande surprise pour les médias, elle l’a été encore plus pour Rabah et ses camarades. « J’y croyais tellement pas que j’ai oublié d’acheter le costume avant de partir. Je pensais qu’on passerait inaperçu. Je suis allé en catastrophe à Châtelet avant de prendre le car pour Antibes ». Antibes et pas Cannes ? Oui, car Haut et court, la maison de production, n’avait pas les moyens de leur payer un hôtel à Cannes. « On était logés dans une Auberge de jeunesse. On mangeait des sandwiches à l’œuf. On a beaucoup rigolé ».
« Tu viens de serrer la main à George Clooney »
Presque un petit week-end sur la côte entre amis. Sauf que sur le chemin du retour, avant la remise des récompenses (on devait rentrer le dimanche pour être au collège le lundi) ils apprennent que le film va être récompensé. « Le car a explosé de joie ». Problème, ils n’ont prévu qu’une seule tenue chic. « On a échangé nos cravates, nos vestes et nos chemises pour faire croire qu’on s’était changés ». Puis tout s’accélère, retour à Cannes, « accueillis comme des stars ». « On se retrouve dans un cinq étoiles, avec trois télévisions dans la chambre alors que je n’ai besoin que d’une ».
Puis c’est l’escorte par la gendarmerie, la montée des marches (les vraies) puis les interviews à Canal plus, France 3, France 2… Il assiste à la cérémonie sans trop comprendre. « Pour te dire, je savais même pas ce que c’était la palme d’or ». Parce qu’à la base Rabah n’est pas très cinéma. « Je voyais des stars je les connaissais même pas. On me dit « tu viens de serrer la main à George Clooney« . « Ah ! c’est lui George Clooney ? ». Vraiment George Clooney ? « Non c’était une autre personnalité, mais genre Clooney ».
Et enfin, la palme d’or, remise des mains de Sean Penn : « C’est un mec sympa. Je le voyais un peu comme mon pote, je ne savais pas qu’il avait autant de notoriété. Ce n’est qu’en rentrant à Paris que je l’ai vu à l’affiche d’Harvey Milk, un très bon film d’ailleurs, et que je me suis rendu compte de qui il était. »
Le milieu du cinéma ?
- « Un peu hypocrite »
Le retour à la réalité s’est plutôt bien passé, accueillis chaleureusement au collège Françoise Dolto : « Je n’ai pas ressenti de jalousie au quartier. De notre côté, personne n’a pris la grosse tête. On a eu que des retours positifs c’était que du bonheur ». Pas tout à fait à vrai dire… Car le jeune acteur n’est pas complètement satisfait. « Que Dieu maudisse et bénisse cette palme d’or », pose-t-il d’ailleurs dans un de ses textes. « C’est pas l’aventure que je renie. Elle m’a apporté les meilleurs moments de ma vie ». Mais il a trouvé le milieu « un peu hypocrite », choqué de passer d’une auberge de jeunesse à un cinq étoiles en si peu de temps.
La rencontre avec Guillaume Depardieu
Des réserves qui ne l’ont pas empêché de tourner dans un deuxième film, Au voleur, de Sarah Leonor. Avec, dans les rôles principaux, Florence Loiret-Caille et Guillaume Depardieu dont ce fut le dernier film. « C’était quelqu’un de très humain, de très simple contrairement à ce qu’on dit sur lui, que c’était un drogué. Pour moi c’était quelqu’un de bien », assure Rabah.
Aux chapitres des références, il cite La haine de Mathieu Kassovitz, La ligne verte de Frank Darabont, Un prophète le dernier Audiard, « un chef d’œuvre », lance Rabah. Et côté acteur ? « Vincent Cassel. J’ai aimé la façon dont il a gravi les échelons dans le cinéma. J’aime aussi Sean Penn aussi bien en tant qu’acteur qu’en tant qu’homme. J’apprécie aussi tous les films de Will Smith ». Il confie d’ailleurs avoir vu « dix fois » Sept vies de Gabriele Muccino.
Et ne lui demandez surtout pas de faire un choix entre rap et cinéma : « Si je peux faire les deux je le ferai. Les gens disent qu’on ne peut pas être rappeur et faire des castings pour jouer dans des films. Mais pour moi, rapper ou jouer c’est de l’art de toute façon ».
« Une vie correcte grâce à la sueur de mes parents »
Rabah se dirige vers une carrière artistique, bien loin de ses études actuelles : « Je suis en CAP cuisine mais je compte pas faire ça dans la vie ». Pourquoi continuer alors ? « Je le fais parce que ma mère m’a acheté les équipements ». Ses parents sont Kabyles. Son père a participé au mouvement du Printemps Berbère à partir de mars 1980 (pour la reconnaissance de la langue et de l’identité berbère par les autorités algériennes). Ils arrivent en France en 1991, fuyant l’Algérie après la victoire du Front Islamique du Salut (FIS) aux élections législatives qui allait être suivie par une décennie de guerre civile. Son père est cuisinier, sa mère femme de ménage avant de devenir animatrice en centre de loisir.
« Mes parents sont ouverts à mes activités artistiques, même si eux travaillent avec leurs mains. » Rabah leur est très reconnaissant : « Si on habite Paris et qu’on a une vie correcte c’est grâce à la sueur de mes parents. Même s’il m’est arrivé de dormir dans des suites grâce au cinéma, j’oublie pas d’où je suis ».
Le côté village du 20e arrondissement
S’il confie adorer la Kabylie et y retourner dès que possible, il y était d’ailleurs pendant les vacances de Noël, Rabah se sent profondément du 20e : « Je suis né à l’hôpital Tenon, j’ai grandi à Maraîcher, je vis depuis 10 ans à Belleville-Ménilmontant. J’aime particulièrement le côté village mais ça se perd. Avec la hausse des loyers, les plus pauvres sont repoussés vers les portes de Paris ou la Banlieue », dénonce-t-il. Après la palme d’or, la palme d’ire ?
Portrait chinoisSi tu étais une chanson ? Si tu étais une femme ? La Kahena (prêtresse), de son vrai nom Dihya, vécu entre 686 et 704 dans les Aurès (une région montagneuse au nord-est de l’Algérie actuelle). Kahena s’est opposée à l’expansion de la dynastie des Omeyades en Afrique du Nord en unifiant les tribus berbères. Elle est considérée comme une des premières reines guerrières de l’Histoire et l’une des premières féministes. Si tu étais un leader politique ? Si tu étais un personnage de l’Histoire de France ? Si tu étais un film ? Ce film relate le massacre de manifestants algériens (3 selon la préfecture, 200 selon les historiens) jetés dans la Seine par la police sous les ordres du préfet de police de l’époque, Maurice Papon. |
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Un aperçu du rap d’Apache de R.AB.A.H avec son compère Mob du 20eme, en attendant de nouvelles chansons prochainement sur le75020.fr :





















je ne sais pas à qui il a serré la main à Cannes, mais vu que George Clooney n’y était pas cette année-là, ça paraît peu probable qu’il l’ait même aperçu…
c’est pour cela que rabah a dit que c’etait une personnalité de ce genre, il n’a pas dit c’est lui! c’est lui c’est sur alors avant de critiquer lisez bien !