Laurent Boudereaux : L’in-prévention, un 14 juillet explosif !

Président du groupe des élu-e-s Verts à la mairie du 20e, Laurent Boudereaux s’alarme de la politique de sécurité et de prévention menée par la majorité socialiste dans l’arrondissement

Depuis plusieurs mois, le 20e arrondissement de Paris, fait la une des médias et journaux ! Des événements a priori sans rapport les uns avec les autres, se suivent sans se ressembler et minent le quotidien des citoyens de cet arrondissement de l’Est parisien. Ils ont en commun de se solder par des manifestations de colère et de sentiment d’injustice et parfois par des manifestations tout court.

Qu’il s’agisse des « biffins » Porte de Montreuil, de la manifestation des Chinois de Belleville, de l’agression d’une jeune mère de famille place des Rigoles ou plus récemment de l’incendie du 14 juillet consécutif à des jets de pétards rue de la Réunion, qui a coûté la vie à une femme de 63 ans, ces faits divers ont en commun qu’ils témoignent de la difficulté du vivre ensemble de notre société.

« Nous interroger sur le rôle des élus »

Le drame qui s’est déroulé dans cette nuit du 14 juillet, doit nous interroger sur le rôle des élus. Le 20e n’est pas une lointaine banlieue oubliée, enclavée, et pourtant sa jeunesse s’y ennuie manifestement ! Si l’action municipale n’est pas en cause, son inaction en matière de prévention pose question.

Cette nuit là, Marie et Henri ont vu leur vie basculer ! Pourquoi ? Des jeunes du quartier, pas tous les jeunes, mais des jeunes de ce quartier décident de profiter de ce moment pour faire du bruit. Armés de pétards dont la vente est pourtant strictement réglementée, ils donnent à « La Réunion » selon les témoignages de riverains, un air de guérilla. Vers 2 heures du matin, un de ces pétards atterrit sur le balcon de Marie et Henri et leur appartement s’embrase. Henri s’extrait de l’appartement tandis que Marie se retrouve prise au piège des flammes. Des voisins, jeunes eux aussi, aident Henri à sortir. Marie devra attendre l’intervention des secours. Elle décèdera 7 jours plus tard dans un lit d’hôpital.

Cet incendie n’est pas intentionnel, Marie et Henri ne sont pas les cibles d’un attentat. Mais ce soir là le bras d’honneur d’un petit con, s’est transformé en bras armé et meurtrier. Marie et Henri sont les victimes malheureuses d’une politique sécuritaire qui ne peut réussir car elle stigmatise et génère intrinsèquement de la violence, mais aussi d’une absence de politique éducative, d’animation et de prévention : l’in-prévention.

Face à ce drame, nous sommes tous en proie à un immense sentiment d’impuissance et de désarroi, mais au delà, c’est la rage et la tristesse qui m’assaillent quand je constate que tout ce qui pourrait être fait ne l’est pas. Pendant 7 ans, alors que j’étais en charge de la prévention, de la sécurité et de l’aide aux victimes dans cet arrondissement, j’ai toujours soutenu les associations spécialisées dans le domaine de la prévention, sans délaisser celles plus atypiques comme Les Petits Pierrots, implantée depuis 25 ans dans ce quartier et qui trouve sa légitimité dans son action de proximité sur le terrain. C’est peu dire que ses animateurs connaissent bien ce quartier et ses jeunes.

Quant on veut dialoguer avec quelqu’un – en l’occurrence les « jeunes » – il faut des interlocuteurs qu’ils reconnaissent comme légitimes, avec lesquels ils auront envie de dialoguer, qui les comprennent, qui leur ressemblent d’une façon ou d’une autre.

« Droit dans le mur »

Aujourd’hui, je regrette de constater que la réponse politique de la municipalité du 20e, majoritairement socialiste, en matière de sécurité, soit d’adopter une logique « gestionnaire » de ces associations. Cette logique nous conduit droit dans le mur. Elle risque d’accroître la fracture. Et justement, ces associations aident à ce que la fracture ne s’élargisse pas trop. Leur remise en cause permanente par les financeurs ne leur permet pas d’avoir la sérénité nécessaire à une action dans la durée, condition sine qua non au maintien de la cohésion sociale des quartiers.

L’autre volet de cette politique consiste à exhorter la police à faire son travail. Mais quel est donc ce travail attendu ? Faire de la prévention ? Certainement pas ! Le travail de la police est de surveiller, dissuader, résoudre et réprimer.

J’ai entretenu entre 2001 et 2008 des relations d’excellente qualité avec les commissaires de l’arrondissement ainsi qu’avec les représentants (en l’occurrence les représentantes) du parquet et du tribunal pour enfants, notamment à travers un Conseil Restreint de Sécurité et de Prévention de la Délinquance, instance qui était inscrite dans le cadre du Contrat Local de Sécurité de l’arrondissement et dont la mission était justement de coordonner nos actions avec celles de la police lors d’événements particuliers comme les émeutes urbaines de 2005 (le 20e avait été relativement épargné), ou de diagnostiquer et prévoir en amont les risques possibles à telle ou telle période, dans tel ou tel quartier. Cette instance se réunissait aussi souvent que la situation l’exigeait.

Par ailleurs, un fond annuel de 1 euro par habitant, à l’instar de ce qui est fait pour la culture, était demandé dans ce CLS (soit 200 000 euros sur le 20e) afin que les Conseils de Quartier, sous l’égide du Conseil de Sécurité et de Prévention de la Délinquance de l’arrondissement, puissent décider, financer et participer concrètement à la politique de prévention sur leur territoire. C’est cette politique participative et de proximité qui n’est pas mise en place.

Que la droite et le gouvernement aient pour seule réponse, la présence policière (peu efficace au final car discontinue depuis la disparition de la police de proximité) ou la satisfaction d’une résolution rapide de l’enquête (c’est toujours mieux pour les statistiques) ne nous étonnera pas, mais qu’une certaine gauche s’engouffre dans cette voie ne peut que nous mettre dans une grande colère.

« La seule réponse pertinente à apporter aux malaises de nos quartiers »

Oui, la police doit faire son travail, mais les élus doivent donner eux les moyens aux associations et acteurs locaux de faire le leur. Tisser toujours et davantage de lien social est la seule réponse pertinente à apporter aux malaises de nos quartiers. Si le rôle d ‘une municipalité est bien d’être aux côtés de ces administrés, c’est plus dans les actes et la prise de décision que dans la compassion et la réaction à l’événement.

2012 est déjà dans les esprits. Mais alors que tous les observateurs politiques s’accordent à dire que la sécurité est d’ores et déjà le grand échec Sarkoziste, droite et gauche s’affrontent sur le terrain de la crédibilité en matière de sécurité. La gauche socialiste délaissant le terrain de la prévention pour coller à la droite sur celui de la sécurisation affirmée et revendiquée. On a pu le constater à Paris et dans le 20e lors des débats sur la vidéo surveillance ou sur les marchés de la misère, qui ont vu socialistes et écologistes s’affronter. Cela pourrait être de nouveau le cas lors des prochains votes sur les attributions de subventions aux associations de terrain dont les budgets risquent d’être revus à la baisse.

  • Laurent Boudereaux
    Président du groupe des élu-e-s Verts du 20e arrondissement de Paris
    Maire adjoint en charge de la politique de la ville et de l’engagement solidaire depuis 2008
    Maire adjoint en charge de la prévention, de la sécurité et de l’aide aux victimes de 2001 à 2008